Elizabeth Seton (1774-1821) – La première sainte du Nouveau-Monde

Faisons un bond dans le passé et imaginons la ville de New-York en 1774 : pas de gratte-ciels, mais des petites maisons aux façades de brique rose ; pas de longues avenues encombrées de véhicules, mais des petites rues étroites et mal pavées où passent des calèches ou des charrettes tirées par des chevaux, faiblement éclairées par des réverbères à huile. C’est dans ce décor d’autrefois que naît la petite Elizabeth Ann Bayle, le 28 août 1774.Ses jeunes années sont marquées par le malheur : d’abord un terrible incendie qui détruit New-York quand elle a deux ans ; ensuite la guerre, car les États-Unis comme nous les connaissons aujourd’hui n’existent pas encore, ils appartiennent à l’Angleterre et veulent se séparer d’elle pour devenir un pays indépendant ; la mort de sa mère, enfin, quand Elizabeth a trois ans. Son père se remarie un an plus tard, mais sa belle-mère, trop jeune, ne s’occupe pas d’Elizabeth qui est envoyée en pension.

La jeune nation américaine ne veut pas de la religion catholique, car elle se méfie du Pape ; de plus, c’est la religion des pauvres gens. Elle adopte donc une religion proche de l’anglicanisme (les Anglicans admettent le mariage des prêtres et, aujourd’hui, l’ordination des femmes ; ils ne reconnaissent pas l’autorité du Pape et ne croient pas que Jésus est vraiment présent dans l’hostie).

Elizabeth, ignorée par sa belle-mère et dont le père médecin est souvent absent, trouve en Dieu la tendresse et la sécurité :

– Dieu est mon Père, je le prie de ne jamais m’abandonner.

Elizabeth grandit ainsi. À dix-huit ans, cette jeune fille de petite taille aux yeux bruns, aux longs cheveux châtains coiffés en anglaises, à l’air sérieux, cherche, dans les fêtes et les bals, à oublier qu’elle n’a pas été aimée par sa famille. Elle a un sentiment de vide et d’abandon , et pense même parfois au suicide. Elle dira plus tard :

– Je remercie des milliers de fois le Seigneur de n’avoir pas accompli cette horrible action !

Dans le même temps, pourtant, elle a un rêve secret :

– M’occuper d’enfants dans un endroit où les gens pourraient s’enfermer loin du monde et prier.

Tout change quand elle rencontre le beau et sympathique William, l’aîné des treize enfants qui composent la famille Seton, l’une des plus estimées de New-York. Ils se marient le 25 janvier 1794. Jour de joie où aucun nuage ne devrait passer dans le ciel ! Pourtant, Elizabeth est inquiète : son mari n’est pas en bonne santé. D’ailleurs, dans la famille Seton, une mystérieuse maladie fait des ravages : peu connue, mal soignée, on l’appelle la tuberculose.

Le 3 mai 1795 naît la petite Anna-Maria. Comblée d’amour et de tendresse, la joie de ce bébé rappelle à Elizabeth son enfance malheureuse :

– Certains petits êtres sont nés pour être entourés de tendresse, d’autres non.

Après Anna-Maria, en huit ans, vont naître William, Richard, Catherine et Rébecca. Le bonheur de ces naissances a ramené Elizabeth vers la foi de son enfance :

– Je suis devenue « celle qui regarde en haut ».

Elle souffre doublement : parce que son mari est malade et parce qu’il n’est pas croyant.

Alors qu’elle est bien occupée avec ses cinq enfants, le père de William meurt et Elizabeth doit recueillir les plus jeunes frères et sœurs de son mari : six enfants de plus ! William, à qui la mort de son père a enlevé toutes ses forces, ne l’aide pas et la jeune femme connaît un moment de découragement. Onze enfants à charge !

– Pour moi qui aime si fort ma tranquillité, c’est un très grand changement !

Courageusement, elle prononce ces mots qui vont devenir sa devise :

– Il me faut tâcher de faire face !

William ne va pas bien. Parce qu’elle sent qu’elle en train de le perdre, Elizabeth veut accorder à son mari une dernière joie : ce voyage en Italie dont il a tellement rêvé. Hélas ! Après une traversée de quarante-huit jours, William arrive mourant en Italie. Grâce à sa femme, il ouvre son cœur à l’amour de Dieu et devient chrétien. Il meurt le 28 décembre 1803 en murmurant le nom de Jésus.

Que va faire Elizabeth, jeune veuve de vingt-neuf ans, seule avec sa fille aînée Anna-Maria, âgée de huit ans, dans ce pays inconnu ? Elle veut rentrer à New-York pour y retrouver ses autres enfants, confiés à sa famille ! Mais les voyages, à l’époque, sont longs et difficiles. Elle doit attendre six mois le prochain bateau pour l’Amérique ! Elle est accueillie par une famille de catholiques italiens, les Filicchi. Un jour, le père de famille, Antonio, lui montre comment faire le signe de croix. Pour cette Américaine, la découverte est immense :

– Oh ! la formidable impression que je ressentis à le faire pour la première fois !

Une autre fois, elle est à la fenêtre quand passe une procession du Saint-Sacrement. Elle regarde la blanche hostie et tous ces gens qui s’agenouillent sur son passage :

– Suis-je la seule que Jésus ne bénit pas ?, se demande-t-elle avec angoisse.

Le 4 juin 1804, Elizabeth est de retour à New-York. Quelle joie de retrouver ses enfants et tous ses amis ! Mais quand elle raconte ce qu’elle a découvert de la foi catholique, elle est aussitôt critiquée :

– La véritable Église est la nôtre !

Elizabeth essaie d’obéir. Pourtant, quand elle est trop triste, sa consolation est d’entrer en pensée dans une église catholique. Ses enfants la soutiennent et elle décide de faire ce que son cœur lui commande : Elizabeth devient catholique, en faisant sa profession de foi, le 27 février 1805 :

– En route pour une existence nouvelle !

Cette vie nouvelle va vraiment commencer avec la rencontre de Mgr Carroll, évêque de Baltimore. Elle lui raconte le rêve qu’elle faisait à dix-huit ans d’une maison pleine d’enfants. Il lui répond :

– Et pourquoi pas cela dès maintenant ?

C’est ainsi que le 15 juin 1808, Elizabeth et ses enfants arrivent à Baltimore pour ouvrir, à côté du séminaire et de l’école de garçons tenus par les Sulpiciens français, une petite maison d’éducation pour les filles. L’année scolaire commence avec sept élèves… dont les trois filles d’Elizabeth ! Mais celle-ci, dans la foi, sait déjà que son œuvre va grandir :

– On attend de moi que je sois la mère de nombreuses filles.

Des jeunes filles, attirées par l’exemple d’Elizabeth, la rejoignent bientôt. Le 21 juin 1809, elles sont cinq, les premières consacrées d’Amérique, à s’installer à Emmitsburg ; elles se confient à saint Vincent de Paul et deviennent les Filles de la Charité de Saint-Joseph. Elizabeth a beau être devenue fondatrice, elle est toujours mère de famille et tient à veiller sur l’éducation de ses propres enfants. Mais elle offre à Dieu toutes ses inquiétudes :

– Prier et aimer, c’est tout ce qu’une mère peut faire pour ses chéris !

Le nombre de sœurs augmente, le nombre d’élèves aussi. Mais le 12 mars 1812, la mort de sa fille aînée, Anna-Maria, âgée de 17 ans, porte à Elizabeth un coup terrible. Catherine aussi semble fragile, mais c’est la petite Rébecca que la tuberculose emporte à son tour, à 13 ans, en 1816. La communauté de « Mother Seton » (Mère Seton) est reconnue par l’Église en 1817 ; alors, tous ceux qui lui avaient tourné le dos lors de son passage au catholicisme, amis, famille, tous reviennent vers elle et la comparent fièrement à un nouveau Jean-Baptiste ! Mais Elizabeth est à la dernière limite de ses forces, la tuberculose envahit ses poumons. Elle confie à sa fille Catherine qui ne la quitte pas :

– Oh ! Si je pouvais en être aux dernières quintes de toux…

Le 31décembre, à 46 ans, tandis que les douze coups de minuit sonnent le début de l’année 1821, elle reçoit le Corps de Jésus pour la dernière fois :

– Une communion encore, et puis l’Éternité !

Le 2 janvier, elle réunit ses sœurs autour d’elle et les encourage. Ses derniers mots sont :

– Soyez enfants de l’Église…

Catherine est près d’elle et les sœurs se relaient à son chevet pour réciter sans cesse les Psaumes qu’elle aime tant. Elle s’éteint, le 4 janvier 1821, à l’aube, dans un calme profond, disant :

– Je rentre à la Maison.

Le pape Jean XXIII déclare Elizabeth Seton bienheureuse le 17 mars 1963, lui demandant pour le peuple américain « la fermeté dans la foi et l’ardeur dans la charité ». La vie d’Elizabeth nous invite aussi à prier pour l’unité des Chrétiens : catholiques, protestants, orthodoxes, anglicans, etc., nous sommes tous l’Église à laquelle Jésus a donné naissance au pied de la Croix, par l’eau et le sang qui ont coulé de son Cœur, nous sommes tous le Corp.

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