Gilles et la biche

Un saint de janvier.

Dans une forêt du Languedoc, non loin de la ville de Nîmes, un homme est en train de mourir. Depuis trois ans, Gilles vit en ermite, c’est-à-dire qu’il mène une vie de moine, priant et travaillant seul, sans voir personne. Parce qu’il s’est peu et mal nourri, ses forces l’abandonnent. Épuisé, il ne peut pas marcher jusqu’au prochain village pour demander de la nourriture.

Soudain, le feuillage s’écarte, deux oreilles frémissent, un long museau fin et doux se penche sur sa joue. Il ouvre les yeux, c’est une biche qui n’a pas peur de lui. Il la caresse doucement avant de comprendre qu’elle veut lui donner son lait. Chaque soir, de la même manière, elle revient. Bientôt, Gilles reprend des forces et peut se nourrir lui-même.

Des cris, des aboiements furieux, que se passe-t-il ? Ce sont les chasseurs du duc de Provence, avec leurs chevaux et leurs chiens.

– Par ici, messire !

Ils poursuivent la biche qui bondit dans les buissons, affolée. Le duc Flovent lève son arc et décoche une flèche.

– Je l’ai touchée, rattrapons-la !

Le duc de Provence, avec ses compagnons et ses serviteurs, entre dans une clairière. La biche est couchée aux pieds d’un homme qui tient la flèche du duc. Du sang coule sur sa main.

– Qui êtes-vous ? crie le duc Flovent.

– Mon nom est Gilles. Votre flèche m’a blessé.

Le duc s’approche du saint homme et de la biche qui ne bouge pas :

– Je suis désolé, je vais vous envoyer mon meilleur médecin.

– Je ne vous demande qu’une chose : laissez cette biche en paix. C’est mon amie.

– Oui, c’est promis !

Le duc Flovent revient tous les jours pour soigner la blessure de Gilles. Celui-ci lui parle de Jésus, de Marie, de l’Évangile. Un jour, Flovent lui dit :

– Tes paroles me font beaucoup de bien. Prends mon or, mes bijoux, ils sont à toi.

Le moine sourit :

– Mon ami, tous ces trésors ne servent à rien. Donne-les à Jésus et Jésus te les rendra !

– Oui, je veux bien !

Flovent décide de construire un monastère pour que dans cette région, des moines prient jour et nuit.

– Veux-tu t’en occuper ? demande-t-il à Gilles.

Gilles ne sait pas. Il est habitué à vivre seul, mais un monastère apporterait beaucoup de bien à toute la région. Il prie, le soir, devant sa cabane, quand la biche vient le voir. Elle le lèche doucement, puis s’en va, se retourne et le regarde de ses grands yeux doux avant de disparaître dans les bois.

– Je comprends, dit-il. Tu es venue me dire au revoir. Mon temps de solitude est terminé et une nouvelle mission m’attend.

Notice biographique :

Saint Gilles est né à Athènes en Grèce ; il a vécu à Rome, puis s’est installé près de Nîmes. Après plusieurs années de vie en ermitage, il devient supérieur du monastère Saint-Pierre. C’est là qu’il meurt, le 1er septembre 720, entouré de sa communauté, dans ce monastère qui porte aujourd’hui son nom : Saint-Gilles-du-Gard. On le prie tout spécialement pour les enfants qui ont peur pendant la nuit (terreurs nocturnes enfantines).

P-S : Cette histoire est parue dans la revue pour enfants Patapon de janvier 2011.

Pour en savoir plus : http://www.librairietequi.com