Heureux les pauvres

Chers amis internautes,FL344

Ce fut juste un regard. Je me trouvais à Libreville, au Gabon, devant l’évier de la cuisine, et je lavais un biberon. Avec moi, une femme originaire de la République Démocratique du Congo. Nous parlions et, tout en savonnant le biberon sans vraiment y penser, je laissais couler l’eau. Elle regarda le robinet ouvert, sans rien dire. Un peu gênée, je m’empressai de couper l’eau. Il n’y eut pas de reproche, juste une constatation : nous étions deux femmes dans une cuisine, sur un pied d’égalité, qui discutions à bâtons rompus. Mais j’avais eu ce geste de femme riche et elle avait eu ce réflexe de femme pauvre, choquée par l’eau qui coulait. Saint Vincent de Paul le disait déjà : « Nous avons à nous faire pardonner le pain que nous donnons aux pauvres. » Il fut un temps où chaque dame riche avait « ses pauvres ». Cela partait d’un bon sentiment, mais quelle condescendance ! Nous n’avons pas à faire la charité, mais à être charité : en hébreu, le mot tzedaka qui veut dire « charité » a la même racine que le mot « justice ». L’Ancien Testament invite à pratiquer la charité pour réparer une injustice : « S’il y a chez toi quelque indigent d’entre tes frères, dans l’une de tes portes, au pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, tu n’endurciras point ton cœur et tu ne fermeras point ta main devant ton frère indigent. Mais tu lui ouvriras ta main et tu lui prêteras de quoi pourvoir à ses besoins. » (Dt 15, 7-8) Le cœur et la main doivent s’ouvrir ensemble. Encombrés de nos biens matériels ou de nos acquis intellectuels, nous ne pouvons pas nous approcher d’un pauvre, d’un blessé de la vie, sans nous être d’abord reconnus pauvres et blessés. Nos blessures parleront à ses blessures, nos pauvretés parleront à ses pauvretés, ses richesses apprivoiseront nos peurs.

Au plan national, nous nous sentons bien impuissants devant la pauvreté qui progresse dans nos pays occidentaux. J’ai passé quatre ans en Afrique où la pauvreté est grande, mais « active » : tout le monde trouve quelque chose à faire ou à vendre, ne seraient-ce que quelques pieds de manioc, des cigarettes au détail ou même un verre d’eau fraîche. À mon retour en France, j’ai été frappée par la pauvreté grandissante de nos villes, ces jeunes qui squattent un bout de trottoir avec des chiens faméliques, ces malades psychiatriques errant dans les rues en parlant tout seuls, ces femmes qui mendient avec un bébé dans les bras. La pauvreté, en Occident, n’est ni belle ni digne. Le dernier rapport du Secours Catholique (novembre 2014) fait des propositions très concrètes comme l’aide à la précarité énergétique (le loyer et l’énergie sont en effet la première cause d’endettement des ménages en difficulté) ou le retour au travail des seniors. Mais au fond, n’est-ce pas toute la société qui devrait se sentir concernée ? Non pas avec le recours à l’État-Providence, trop déresponsabilisant, mais par des actions de solidarité à tous les niveaux de la société et par un accompagnement des personnes pour qu’elles s’en sortent par elles-mêmes, aidées, épaulées, mais non assistées. On retrouve le même souci dans beaucoup d’ONG : ne pas faire à la place des populations ou pour elles, mais avec elles. Le sage Maïmonide, médecin et philosophe juif du XIIe siècle, disait : « Donne un poisson à un homme, il mangera un jour. Apprends-lui à pêcher, il mangera toute sa vie. »

Ainsi, chers amis internautes, à chaque fois que vous ouvrez la main, ouvrez aussi votre cœur. Belle marche vers Noël !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s