Ste Joséphine Bakhita (1869-1947) – De l’esclavage à la Liberté

Première sainte soudanaise, Bakhita dont le prénom signifie « heureuse » a connu l’esclavage, les coups, les brimades, avant de découvrir le Christ au sein d’une communauté italienne. Elle veut nous rappeler aujourd’hui que Jésus habite au cœur de notre souffrance, même quand nous n’avons pas conscience de sa présence d’Amour.

Paru dans la revue FEU ET LUMIERE de Mars 2006

Schio, Italie, 1943. Les bombes pleuvent sur la province de Vincenza. Les religieuses Canossiennes tremblent pour les orphelins qu’elles abritent. Mais une sœur à la peau sombre les rassure : Dieu m’a libérée des lions, des tigres et des panthères, ne voulez-vous pas qu’Il me sauve aussi des bombes ? En effet, ni l’école des sœurs ni les maisons de Schio ne sont atteintes. Et tous les gens du village attribuent ce miracle à l’intercession de leur Mère Noire (Madre Moretta), comme ils surnomment affectueusement sœur Joséphine Bakhita.

 

« Si tu cries, tu mourras ! »

 

Bakhita – nous ignorons son véritable nom – est née en 1869 au Soudan, dans le village d’Olgossa. Elle a trois sœurs et deux frères. C’est une petite fille vive et serviable dont sa mère dit en riant : Cette enfant ne reste jamais en place. Elle mène les troupeaux au fleuve pour les faire boire, pile le sorgho et travaille aux champs. Un jour de 1874, alors que le village est presque vide, un premier drame se produit : des marchands d’esclaves capturent les femmes et les enfants qui se trouvent là ; parmi eux, la grande sœur de Bakhita. On ne la reverra plus jamais.

 

L’esclavage est pourtant condamné depuis 1856. Des années plus tard, Bakhita est prise à son tour : J’avais neuf ans quand un matin, je suis allée me promener dans les champs. Soudain surgissent d’une petite vallée deux étrangers. L’un d’eux m’a attrapée d’une main tandis que de l’autre, il tirait un couteau de sa ceinture en disant : Si tu cries, tu mourras. Le choc est tellement fort qu’elle en oublie son prénom. Ses ravisseurs lui donnent un nom arabe, Bakhita, ce qui signifie : qui a de la chance.

 

« Je ne suis pas morte par miracle »

 

Après une marche de trois cents kilomètres, elle est vendue au marché d’El Obeid à un chef arabe pour tenir compagnie à ses deux filles. Elle y est traitée avec affection jusqu’au jour où elle brise par maladresse un vase précieux. Le fils du chef la fouette sans pitié et la vend à un général turc. Durant trois ans, elle subit les punitions et les brimades de sa cruelles maîtresse. Celle-ci lui inflige un jour le supplice du tatouage : on la marque sur tout le corps et l’on verse du sel sur les plaies pour que les cicatrices ne disparaissent jamais. Ce fut une douleur indescriptible. Je peux vraiment dire que si je ne suis pas morte, c’est par un miracle du Seigneur qui me destinait à des choses meilleures. Pourtant, dans son cœur, Bakhita n’a pas de haine pour ses bourreaux : Je n’ai jamais détesté personne. Peut-être qu’ils ne se rendaient pas compte du mal qu’ils faisaient ? Sans le savoir, elle est déjà configurée au Christ : « Ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23, 33)

 

En 1883, âgée de quatorze ans, elle est conduite à Khartoum. Le consul d’Italie, Callixte Legnani, décide alors de l’acheter. Durant deux ans, Bakhita aide la femme de chambre : Finis les coups de fouet, les punitions, les reproches. Je pouvais m’habiller et me coiffer comme les autres jeunes filles africaines ; je n’étais pas encore libre, mais les choses commençaient à changer. Quand un groupe de révolutionnaires menace Khartoum, le consul décide de rentrer en Italie avec son ami Auguste Michieli : Je priais le maître de m’emmener avec lui avec tant d’ardeur que, bien que le voyage fût long et coûteux, il me donna satisfaction. Sur le pont du bateau, elle regarde s’éloigner sa terre natale : Maintenant commence ma nouvelle vie.

 

« Quelle jeune fille délicieuse ! »

 

Madame Maria Turina Michieli, l’épouse d’Auguste, les accueille à Gênes. Quelle jeune fille délicieuse, ne cesse-t-elle de répéter, chaque fois qu’elle voit Bakhita. Tant et si bien que le consul lui offre la jeune fille. Celle-ci, un peu amère, s’adapte pourtant. Un an plus tard, Madame Michieli met au monde une petite Mimmina qui est confiée à Bakhita. Ce sont des années de bonheur où les cris et les tortures du passé s’effacent devant les rires de la fillette.

 

Madame Michieli envisage de s’installer définitivement en Afrique. Pour régler ses affaires, elle confie donc Bakhita et Mimmina au pensionnat des Sœurs Canossiennes de Venise (cf Encadré), sous la protection de leur administrateur, Illuminato Checchini. Celui-ci prend Bakhita en affection et lui offre un crucifix : Il te rappellera que Jésus est aussi mort sur la croix pour toi ! C’est la première chose qu’elle possède de toute sa vie. Sur la demande de M. Checchini, elle est alors admise au Catéchuménat : Je découvris ainsi ce Dieu dont j’avais toujours senti la présence en moi…

 

« Faire connaître Dieu en Afrique »

 

Bakhita est confiée à Sr Maria Fabretti : Je ne peux pas me la rappeler sans pleurer. Sa tendresse, le soin qu’elle prit de moi et l’affection dont elle m’entoura m’émeuvent encore aujourd’hui. Un an plus tard, Madame Michieli revient pour emmener Mimmina et Bakhita en Afrique ; cette dernière refuse de partir et ni les pleurs de sa protégée ni la colère de sa maîtresse ne la font changer d’avis : elle désire le baptême et la vie parmi les Sœurs plus que tout au monde. L’affaire tourne en procès et le 29 novembre 1889, le Procureur du roi, déclarant que l’esclavage n’existe pas en Italie, la reconnaît libre de choisir la ville où elle souhaite habiter.

 

Le 9 janvier 1890, à vingt et un, Bakhita est baptisée par le cardinal de Venise, recevant en même temps la communion et la confirmation : Quelle fête, que de monde ! L’Église était pleine à craquer. Oh, si j’avais pu voler là-bas rejoindre mon peuple ! Faire connaître l’amour de Dieu à mes proches et à tous en Afrique ! Quel soulagement auraient-ils éprouvé en sachant qu’il y a Quelqu’un qui les aime et pense toujours à eux ! Son nom nouveau est Giuseppina, Joséphine.

 

« Voudront-ils d’une sœur africaine ? »

 

Son bienfaiteur, M. Checchini, a le désir de l’adopter. Mais Joséphine Bakhita aspire à la vie religieuse : Est-ce que j’aurai la permission ? Je suis africaine, peut-être ne voudront-ils pas de moi ? La Supérieure, mère Previtali, se récrie : Ni la couleur de la peau ni la position sociale ne sont des obstacles ; ce qui compte, c’est l’amour. Elle entre donc à vingt-quatre ans au noviciat. Le 8 décembre 1896, elle se consacre à celui qu’elle appelle « Mon Maître ».

 

En 1902, Joséphine Bakhita quitte Venise pour rejoindre la communauté de Schio où les Sœurs s’occupent d’un orphelinat de filles qui fait aussi office d’école. Avant de partir, elle embrasse les fonts baptismaux : C’est ici que je suis devenue fille de Dieu ! À Schio, durant cinquante ans, elle sera témoin de l’amour de Dieu en exerçant avec joie et humilité les tâches de cuisinière, lingère, brodeuse, concierge. D’abord étonnés, les villageois lui font très vite un accueil cordial et s’attachent chaque jour davantage à la Madre Moretta (la Mère Noire), pour son sourire, sa bonté, son accueil et sa foi.

 

« Que de douleur ! »

 

La Première guerre mondiale éclate. Les sœurs recueillent les soldats blessés. Que de sang, que de douleur, que de souffrance ! Joséphine Bakhita se dépense sans compter : Je passais de la cuisine à la sacristie, de la porterie à l’atelier, aidant comme je pouvais. J’aimais travailler à la cuisine et préparer de petites attentions pour mes sœurs, comme réchauffer les plats pour qu’elles aient toujours un repas chaud. Je prenais grand soin du régime des enfants malades. J’essayais d’aller au-devant du désir de chacun. La mère Supérieure, reprenant les mots de la maman de la petite Bakhita, autrefois, s’exclame : Mais cette sœur ne reste jamais tranquille !

 

1939-1945, une autre guerre, de nouveau la peur, la douleur et la mort. Joséphine Bakhita ne peut plus s’activer comme avant, la maladie rend sa respiration difficile, sa marche lente et pénible, mais elle rassure les enfants en leur racontant des histoires. Et surtout, elle prie et les bombes épargnent Schio. Pour ses cinquante ans de vie religieuse en 1946, une foule nombreuse veut manifester son affection à la Sœur africaine qui a si bien su se faire aimer. Elle peut affirmer, en parlant de sa vie d’esclave : J’ai vécu dans la boue, mais je ne me suis jamais salie.

 

« Je porte les valises »

 

En 1947, le récit de sa vie est publié sous le titre Histoire merveilleuse. Il connaît un vif succès et de toute l’Italie, des gens viennent à Schio pour la rencontrer. Devant cette admiration, elle déclare avec son humour et son humilité : Je suis une grande bête rare et tous veulent me voir ! Elle accepte sa maladie et sa mort prochaine avec une joyeuse sérénité : Je m’en vais pas à pas. Jésus est mon capitaine et moi son assistante. Je porte les valises. L’une contient mes dettes. L’autre, plus lourde, les mérites infinis de Jésus. Devant le tribunal de Dieu, je couvrirai mes dettes avec les mérites de Jésus et je dirai au Père éternel : maintenant, juge ce que tu vois.

 

Dans son agonie, elle revit les jours terribles de l’esclavage et supplie son infirmière : Lâchez un peu les chaînes… elles me font mal… Le 8 février 1947, tandis que la communauté est réunie autour d’elle, en pleurs et en prière, elle prononce : Notre Dame ! Notre Dame ! tandis qu’un grand sourire éclaire son visage, puis elle s’éteint. Une foule nombreuse vient lui rendre un dernier hommage et demander l’intercession de celle qui avait promis : Au Ciel, j’aurai du pouvoir et j’obtiendrai pour vous beaucoup de grâces.

 

Béatifiée le 17 mai 1992, Joséphine Bakhita est déclarée sainte par Jean-Paul II, à Rome, le 1er octobre du grand Jubilé de l’an 2000. Demandons-lui d’intercéder pour tous ceux qui ne connaissent pas le Christ, spécialement les malades et les prisonniers : Si j’avais connu le Seigneur plus tôt, j’aurais moins souffert ! Comme cela m’aurait aidée, de savoir que quelqu’un me voyait et pensait toujours à moi !

 

Pour en savoir plus :

Lire L’Histoire de Bakhita, d’Augusta Curreli, Éd. du Signe 2000.

 

Les Sœurs Canossiennes

Cette famille religieuse est née à Vérone le 8 ami 1808 sous l’impulsion de la marquise Madeleine de Canossa. Son désir était d’annoncer Jésus aux enfants et aux jeunes à travers l’enseignement et la catéchèse. Sa devise était : « Marchons et annonçons Jésus. » Trois congrégations se sont développées à sa suite :

– les Filles de la Charité Servantes des Pauvres, appelées les Canossiennes ;

– les Fils de la Charité ou Canossiens ;

– les Missionnaires séculières de Sainte-Madeleine

ainsi que des laïcs, volontaires, sympathisants et amis.

Les Canossiennes sont présentes dans le monde entier, notamment dans dix pays d’Afrique, dont le Soudan d’où est originaire Bakhita.

 

Dieu est un Père

« Je voudrais que vous découvriez combien Dieu est un Père qui prend soin de tous ses enfants : les riches, les pauvres, les enfants de tous les pays, de toutes les langues et de toutes les couleurs.

Je souhaiterais vous dire aussi que Dieu est bon, qu’il est toujours proche de nous, même quand nous l’oublions. Il est proche de ceux qui se réjouissent, de ceux qui pleurent, de ceux qui souffrent.

Tous ensemble, vous pourrez construire un monde toujours plus beau en y laissant plus tard, également, l’histoire de votre propre vie. »

Joséphine Bakhita aux enfants

 

Paroles de Joséphine Bakhita

 

« Le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de la corvée, tu les as brisés. »

Isaïe 9, 3

 

« Vous n’avez pas reçu un esprit d’esclave pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père ! »

 

Voyant le soleil, la lune et les étoiles, je me suis dit : « Qui pourrait être le Maître de ces belles choses ? » J’ai senti un grand désir de le voir, de le connaître et de lui rendre hommage.

 

J’ai reçu le sacrement du baptême avec tant de joie que les anges seuls pourrait le décrire.

 

Marie m’a protégée avant même que je l’aie connue !

 

Sœur Bakhita nous a été donnée par le Seigneur pour nous montrer le chemin du vrai bonheur : les béatitudes.

Jean-Paul II

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4 réflexions au sujet de « Ste Joséphine Bakhita (1869-1947) – De l’esclavage à la Liberté »

  1. Sainte Bakhita sois une médiatrice « Bakhtna » en orient . Nous souffrons tant en orient de l’esclavage des violents,des puissants,des riches et des savants manipulateurs de complicités diverses pour notre perte.Implore pour nous les miséricordes du Seigneur et les beatitudes pour les gens de bonne volonté,Amen.

  2. Ping : L'esclavage en islam - Islam & Vérité

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