Robert Baden-Powell (1857-1978) – Be prepared ! « Toujours prêt ! »

Quand le général Baden-Powell rassemble en août 1907 vingt garçons de divers milieux pour un camp en plein air, il ignore qu’il vient de fonder le scoutisme. Ce mouvement rassemble aujourd’hui 28 millions de jeunes dans le monde… et 500 millions de personnes ont été scouts depuis 1907 !

Paru dans le Feu et Lumière n° 263 de Juillet-Août 2007

Mai 1900, l’Angleterre retient son souffle. Les yeux sont braqués sur une petite ville d’Afrique du Sud, Mafeking, assiégée depuis sept mois, dans la guerre qui oppose les Boers (fermiers hollandais) aux soldats britanniques. Comment résiste-t-on à 217 jours de siège ? Mafeking avait à sa tête le colonel Robert Baden-Powell. Celui-ci a mis en œuvre toutes les ressources de son ingéniosité et de son humour pour tenir tête à l’adversaire et soutenir le moral des troupes et de la population. Quand la ville est libérée, le 16 mai 1900, Baden-Powell est devenu un héros national. Il lui reste à mettre toutes ces qualités au service de la jeunesse.

Un clown plein de taches de rousseur

Huitième des dix enfants du révérend Baden-Powell, professeur de mathématiques, Robert perd son père à trois ans. Pour consoler ses frères et sœurs, il fait le pitre, invente des jeux et joue de petites pièces comiques. Il écrit à huit ans : Dieu a fait que les pauvres soient pauvres, que les riches soient riches, et je puis vous dire ce qu’il faut faire pour être bon. Il faut prier Dieu chaque fois qu’on le peut, mais comme on ne peut pas être bon par la prière seulement, il faut aussi se donner beaucoup de peine pour arriver à être bon.

Hormis le sport, la peinture et le théâtre, l’école ne l’intéresse guère ; sa popularité lui vient de son tempérament de clown : Je n’étais pas un bon élève ni, je regrette de le dire, aussi travailleur que j’aurais dû. Quand il entre en sixième à l’école réputée de Chartehouse, c’est « un garçon de taille moyenne, avec des cheveux roux bouclés, plein de taches de rousseur ». Parfois, au lieu d’aller en cours, il part en exploration dans les bois des environs. Il échoue aux examens d’entrée à l’université, mais obtient la seconde place au concours d’entrée à l’école militaire où il est accepté à 19 ans.

Le héros de Mafeking

Sous-lieutenant, en 1877, il est envoyé en Inde. Les enfants des officiers viennent le voir presque chaque soir : « Il nous emmenait sur les routes et nous apprenait à observer. Par les soirs de pluie, il dessinait pour nous ou nous faisait faire de la peinture, ou encore il chantait. » Il joue au polo, chasse le sanglier et fait du théâtre : « La troupe doit être félicitée d’avoir accueilli ce comique si doué », dit-on de lui. Il remet à jour toutes les cartes du pays : La déduction est pareille à la lecture. Un éclaireur (1) verra des petites signes et des empreintes, il les rapprochera et y lira aussitôt un sens.

Six ans plus tard, devenu capitaine, il part en Afrique du Sud. C’est alors « un soldat jeune et ardent – considéré comme le meilleur éclaireur de l’armée britannique. Il était passionné, prudent, courageux. » Envoyé en Rhodésie, Robert reçoit les premières intuitions du scoutisme dans un but pédagogique : Les jeunes d’aujourd’hui deviendront nos dirigeants de demain. Nous devons nous hâter de préserver nos plus grandes vertus car les nations sans courage ni discipline ont la vie courte.

Il devient à 40 ans le plus jeune colonel de l’armée anglaise. En juillet 1899, il est envoyé en Afrique du Sud, dans la petite ville de Mafeking qui fera de lui un héros, neuf mois plus tard. Pendant le siège, il crée les Cadets de Mafeking, regroupant les garçons de la ville à partir de neuf ans. Leur chef en a treize. Messagers, coursiers, sentinelles, ils rendent d’immenses services.

Les éclaireurs de la paix

En juin 1900, devenu général, Robert malade rentre en Angleterre. Partout, à son grand étonnement, on acclame le héros de Mafeking. En 1903, nommé inspecteur général de la cavalerie, il découvre les mauvaises conditions de vie de la classe ouvrière. Frappé par l’état de la jeunesse, il dénonce le crime, l’alcoolisme, le vandalisme en augmentation. Les centres de détention se remplissent, Baden-Powell propose une action préventive ; d’abord, une bonne alimentation et des exercices sportifs ; ensuite, quelque chose devrait être fait en vue de développer l’esprit du garçon en accroissant sa puissance d’observation.

Avant d’écrire ces idées, il veut les tester : il réunit 20 garçons de milieux sociaux opposés et vit avec eux deux semaines dans l’île de Brownsea. Nous sommes en août 1907. Les premiers jalons du scoutisme sont nés : Je me mis à l’œuvre pour transformer ce qui était un art d’apprendre aux hommes à faire la guerre, en un art d’apprendre aux jeunes à faire la paix. Le 28 janvier 1908, Robert présente son livre Scouting for Boys (en français : Éclaireurs) qui rencontre un immense succès. Les jeunes ne se contentent pas de lire : à la fin de l’été 1909, 100.000 garçons se disent scouts ! Il faut à présent organiser le mouvement.

Robert commence une tournée de conférences dans le monde. En janvier 1912, il embarque pour les États-Unis. Sur le bateau, il est présenté à Olave Saint-Clair Soames. Elle a 23 ans, il en a 55. Elle apprécie son humour, son assurance, sa gaieté. Il aime son côté sportif et aventurier, sa simplicité, son amour des chevaux. Au grand scandale des autres passages, ils ne se quittent plus. Cela finit par un mariage, le 30 octobre suivant. Trois enfants viendront couronner cet amour.

Et les filles ?

Et les plus jeunes ? Robert s’inspire du Livre de la jungle de Kipling pour créer les louveteaux réunis en meute et non en troupe : Le grand principe est de faire de la meute une famille heureuse, non pas seulement une famille, mais une famille heureuse. Le scout doit « être prêt » ; le louveteau, lui, s’engage à faire « de son mieux ». Le point commun est la fameuse B.A., cette bonne action à faire chaque jour.

La question religieuse et la vie de foi sont un point essentiel, l’attribut journalier de tout homme digne de ce nom, […] mais nous insistons pour que le garçon observe et pratique la religion qu’il professe, quelle qu’elle soit, avec comme obligation commune : de se montrer chevaleresque et de venir en aide à autrui.

Et les filles ? Robert a bien conscience que si l’on veut que la jeune fille soit aussi apte que ses frères à travailler dans le monde, il faut lui donner les mêmes occasions de se former le caractère, de devenir habile, de se discipliner, de se bien porter. Tandis que les garçons sont des éclaireurs envoyés pour tracer le chemin, les filles seront des guides, comme les guides de montagne qui aident et qui sauvent : Nous avons choisi ce terme qui suggérait une idée de poésie et d’aventure tout en indiquant les responsabilités futures des femmes qui auraient à conseiller leur mari et à élever leurs enfants dans les bons principes.

Robert et Olave s’installent au Kenya et c’est là que lord Robert Baden-Powell, le chef-scout du monde, s’éteindra paisiblement le 6 janvier 1941 après un dernier message à ses scouts qui s’achève sur ces mots : Soyez toujours prêts à vivre heureux et à mourir heureux.

Pied de texte* 290 K*

(1) Dans l’armée, l’éclaireur est envoyé en avant pour sécuriser le terrain.

Repères biographiques

22 février 1857 : naissance à Londres de Robert Stephenson Smyth Baden-Powell

1876 : entrée à l’école militaire

Août 1907 : camp de Brownsea, le scoutisme est né

1908 : parution de Scouting for boys

1909 : création des guides pour les filles

1912 : il épouse Olave

1920 : premier jamboree, rassemblement mondial des scouts de 21 pays

8 janvier 1941 : mort de Baden-Powell au Kenya

25 juin 1978 : mort d’Olave

Citations de Lord Baden-Powell

« Le scoutisme est la meilleure chose au monde pour apprendre à un garçon à compter sur lui-même et l’équiper pour le combat de la vie. »

Lord Baden-Powell

« Le sens de l’humour, c’est-à-dire la capacité de voir le côté drôle, même dans une situation dangereuse ou désagréable, a pour l’homme une valeur indescriptible pour l’aider à cheminer dans la vie. »

Lord Baden-Powell

« Le véritable chemin du bonheur est de donner celui-ci aux autres. »

Lord Baden-Powell

« Essayez de quitter la terre en la laissant un peu meilleure que vous ne l’avez trouvée. »

Lord Baden-Powell

[Aux guides] « Le paradis ne se trouve pas quelque part dans le ciel, mais ici-bas dans votre propre foyer. Donnez du bonheur aux autres et vous en recevrez. »

Lord Baden-Powell

« La seule chose qui vaille la peine d’être vécue est d’apporter un peu de bonheur dans la vie des autres. »

Lord Baden-Powell

« Notre Père,

Nous nous présentons devant toi, le cœur plein de gratitude et de joie, à cause des nombreuses bénédictions que tu nous as accordées.

Nous déposerons à ton autel le sacrifice que nous pouvons faire : celui de notre personne au service des autres.

Que nous puissions ensuite repartir avec une foi plus forte pour mener à bien notre mission, qui est de faire grandir l’idéal et les possibilités de l’homme en contribuant à l’avènement de ton royaume de donne volonté, de bonheur et de paix. »

Lord Baden-Powell

Pour en savoir plus :

Cent ans de scoutisme : www.centenaireduscoutisme.fr

Lire Baden-Powell, de Philippe Maxence, Perrin, 2003.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s