Mère Maravillas de Jésus (1891-1974) – « Si tu Le laisses faire… »

Cette « sainte Thérèse du XXème siècle » a illuminé l’histoire récente de l’Espagne. Fondatrice infatigable de nouveaux carmels, elle cachait sous sa simplicité joyeuse de grandes grâces d’union à Dieu. Aujourd’hui, ce sont des missions populaires, des cantines pour les plus démunis, des maisons d’accueil, des garderies et des écoles qui se réclament de sa protection, elle que touchait toute détresse : « Si Dieu veut que nous soyons au courant d’un besoin, c’est pour que nous y pourvoyions. »

Le 4 novembre 1891 à Madrid, Doña Cristina Chico de Guzmàn y Muñoz, marquise de Pidal, donne naissance à son quatrième enfant. La petite fille est appelée Maravillas, en l’honneur de Notre-Dame des Merveilles, vocable sous lequel on vénérait la Sainte Vierge à Cehegin d’où était sa mère. « Merveilles que fit pour nous le Seigneur » (Ps 126,3), merveilles que fit le Seigneur dans la vie de cette jeune fille qui, dès l’enfance, voulut lui appartenir « sans partage. »

« Un bonheur si grand ! »

Maravillas racontait volontiers que le Seigneur l’avait choisie « dès le début. » Une sœur lui demanda sur son lit de mort : Quand vous êtes-vous donnée au Seigneur ? – Depuis toujours ! Elle reçut dans sa famille une éducation soignée et pieuse. Elle était intelligente, volontaire, courageuse, déterminée ; son caractère gai et expansif était adouci par sa gentillesse. Son père, ambassadeur d’Espagne auprès du Saint-Siège, ne voulait pas d’une fille religieuse ; elle dut donc côtoyer la haute société madrilène : Le monde, que je me vis un temps obligée de fréquenter, n’avait aucun attrait pour moi et je désirais me consacrer à Dieu.

À la mort de son père en 1913, Maravillas a 22 ans et reste le seul soutien de sa mère. Taisant à regret sa vocation, elle mène une vie de prière et de bonnes œuvres. Un jour, sa mère lui demande si elle est toujours dans les mêmes dispositions ; comme elle n’ose répondre, la Marquise insiste : Si tu ne me le dis pas maintenant, ne compte pas que j’aie jamais le courage de te reparler de cette affaire. Maravillas lui livre alors son désir d’entrer au Carmel. Sa mère lui donne sa bénédiction et le 12 octobre 1919, à 27 ans, Maravillas entre au monastère de l’Escurial à Madrid où elle devient Sœur Maravillas de Jésus : C’est un bonheur si grand que je ne puis l’expliquer. La cellule, où l’on est seule avec Dieu, semble être le ciel.

Les délices du Cœur de Jésus

 

Un monument dédié au Sacré Cœur avait été construit sur la Colline des Anges près de Madrid et le roi Alphonse XIII lui avait consacré l’Espagne le 30 mai 1919. Maravillas reçoit de Jésus le désir d’y fonder « une maison où Je puisse trouver mes délices. Mon Cœur a besoin d’être consolé. L’Espagne sera sauvée par la prière ». Le 19 mai 1924, avec trois autres carmélites, Maravillas quitte l’Escurial dans les larmes, mais le cœur en joie. Elles s’installent dans la petite maison de Getafe tandis que s’achève la construction du couvent ; le 30 mai, Maravillas fait là sa profession solennelle.

En juin 1926, elle est élue prieure ; à son grand désarroi, se jugeant indigne de cette tâche, elle le restera toute sa vie : J’ai failli mourir quand il a fallu que je le sois, parce que j’ai cru que la communauté courait à sa perte. Le couvent de la Colline est inauguré le 31 octobre 1926. La vie s’organise dans la pauvreté et la prière, les vocations affluent, mais dès 1931 commencent les persécutions religieuses. Mère Maravillas obtient de Rome la permission de sortir de la clôture pour défendre, en cas de danger, le monument du Sacré-Cœur : Si le Christ doit entendre les cris de haine de ses ennemis, qu’Il puisse également entendre notre louange !

Elle s’impose de ne dormir que trois heures chaque nuit, habillée, assise par terre, et passe de longues heures à sa fenêtre ou près du tabernacle à prier : Ma souffrance de voir offenser Dieu, de voir l’Espagne si loin de Lui augmente sans cesse ; mais cette souffrance, si vive et si profonde, ne m’enlève pas la Paix. En 1933, elle accepte la fondation d’un Carmel à Kottayam en Inde et y envoie huit moniales ; elle voudrait y aller elle-même, mais se heurte au refus de ses supérieurs : Je dois me contenter d’offrir au Seigneur mes pauvres désirs de partir.

Exilées à Madrid

En juillet 1936, la guerre civile chasse de la Colline les carmélites qui trouvent refuge à Madrid dans un petit appartement où Mère Maravillas organise leur vie comme si elles étaient encore au couvent. Un jour, un terrible chef anarchiste interroge les sœurs et les menace de mort. Nous n’avons pas peur, lui dit Mère Maravillas, nous désirons donner notre vie pour le Seigneur. L’homme la regarde puis range son pistolet : Ma Mère, vous et moi, nous ne pourrons jamais nous brouiller.

Après 14 mois, Mère Maravillas réussit à conduire sa communauté dans la province de Salamanque, à Las Batuecas, un ancien couvent de l’Ordre qu’elle avait racheté. En 1939, elle laisse là une partie de ses sœurs et retourne à la Colline. Du Sacré-Cœur, il ne reste qu’un tas de ruines et le couvent est dans un état de saleté à faire frémir. Deux mois d’un travail harassant et la clôture est posée à nouveau : Mes enfants, nous ne recommencerons plus d’autres fondations, promet-elle. C’est sans compter les demandes qui se font pressantes et les vocations qui frappent à la porte !

Sur les pas de Jean de la Croix

Mère Maravillas continue donc à donner au Seigneur « des maisons où Il puisse trouver ses délices » : elle fonde les carmels de Mancera (Salamanque) en 1944 et Duruelo (Avila) en 1947, rendant ainsi à l’Ordre ces lieux saints : Duruelo fut le berceau de la Réforme carmélitaine de saint Jean de la Croix et Mancera le lieu où s’était transférée, en 1570, la communauté primitive de Duruelo. Tous les sacrifices sont peu de choses, pour récupérer cette terre bénie.

En 1950, Mère Maravillas demande à ses filles de Las Batuecas, ancien « désert » de l’Ordre, de rendre ce domaine aux pères Carmes Déchaux pour fonder le carmel de Cabrera où est honoré un crucifix du XIIème siècle : C’est beau d’avoir cette image si vénérable pour Lui tenir compagnie. Dans l’année mariale 1954, Mère Maravillas offre « en cadeau » à la Vierge le carmel de Arenas de San Pedro, à l’ombre du tombeau de saint Pierre d’Alcantara : Ce couvent appartient tellement à la Sainte Vierge qu’on la sent partout ! Elle envoie également trois sœurs pour soutenir un carmel de l’Équateur et y être des maîtresses de vie thérésienne autant que des hosties de paix et de salut.

Elle fonde en 1956 le carmel de San Calixto, dans la Sierra de Cordoba, et en 1958, aux environs de Madrid, le couvent d’Aravaca. Elle construit en 1961 sur un ancien monastère cistercien le carmel de La Aldehuela – où elle vivra jusqu’à sa mort – et dirige depuis sa cellule les travaux de sa dernière fondation à Montemar-Torremolinos, en pleine Costa del Sol. En juillet 1964, Mère Maravillas est appelée au couvent de l’Escurial où elle est entrée 46 ans plus tôt et qui connaît de grandes difficultés matérielles : Quelle impression cela fait de revenir là où Dieu m’a ouvert les portes de sa Maison !

« Embrasser le monde entier »

Dans toutes les fondations où elle vécut, Mère Maravillas fut chérie par ses filles autant que par les gens qui venaient solliciter son aide ou ses prières. Elle exerçait sa tâche de prieure avec bonté, douceur et fermeté, était obéie sans avoir à commander tant étaient grandes son humilité, sa charité et son égalité de caractère, et contagieux l’exemple qu’elle donnait, se dépensant sans compter à la gloire de Dieu et au service des hommes. Sa joie ne faiblissait pas au milieu des épreuves : Comme nous sommes heureuses !. Plus elle cherchait à se faire oublier, plus elle attirait : Elle rayonnait Dieu sans paroles.

Elle attachait une grande valeur au silence, propice pour rencontrer le Seigneur : Plus on garde le silence pendant la journée, plus les récréations sont gaies. Elle corrigeait, mais avec douceur : Ne vous découragez jamais et faites oublier votre infidélité par un amour plus intense encore. Si une sœur était malade, elle qui refusait tout traitement de faveur lui offrait des confiseries, veillait sur son repos et ajoutait une couverture sur son lit. Un jour, elle demanda à une novice où elle avait laissé son tablier : À la maison, ma Mère. Cette réponse l’émut profondément : Mon enfant, quelle joie vous me faites ! Oui, c’est vrai, la maison du Seigneur est votre maison !

Sans sortir de la clôture, elle réussissait à secourir tout besoin spirituel ou matériel qui venait à sa connaissance : Nous voudrions embrasser le monde entier ; mais puisque c’est impossible, qu’au moins rien de ce qui se passe autour de nous ne nous laisse indifférentes ! Sa devise exprimait son seul désir, accomplir la volonté de Dieu : Si tu Le laisses faire… Sa vie d’oraison d’une exceptionnelle richesse ne lui épargnait pas les souffrances : J’ai dit au Seigneur : puisqu’Il s’est réservé au ciel une éternité pour nous faire jouir de Lui, qu’ici-bas Il me laisse souffrir pour les âmes et pour son amour.

« Quel bonheur de mourir carmélite ! »

Mère Maravillas a souffert toute sa vie, notamment de pneumonies à répétition. En 1972, elle se remet d’un arrêt cardiaque, puis de graves problèmes circulatoires usent ses dernières forces. Ses besoins, ses sœurs doivent les deviner car elle ne se plaint jamais. Elle dissimule ses souffrances pour que ses infirmières puissent se reposer.

En décembre 1974, le médecin n’a plus d’espoir et charge la sous-prieure de l’annoncer à la Mère : Quelle joie ! Comment ne me l’avez-vous pas dit plus tôt ? Elle répète : Quel bonheur de mourir carmélite ! Le 11 décembre, à 83 ans, Mère Maravillas meurt et un défilé ininterrompu commence dans la chapelle du carmel. Comme le disait saint Jean de la Croix, « ces âmes pourront paraître succomber à la vieillesse ou à la maladie, mais ce qui sépare leur âme de leur corps, c’est uniquement un transport d’amour beaucoup plus fort qui emporte avec lui le joyau de l’âme. »

Pour en savoir plus, lire :

Si tu le laisses faire, Éd. Résiac, Montsûrs 1993

Sainteté au carmel, Éd. du Carmel, Coll. ExistenCiel, Toulouse 2003

Et visiter le site :

secretar.mmaravillas@wanadoo.es

Un peu d’Histoire

587 : première monarchie catholique en Espagne

711 : invasion des Arabes

1492 : fin de la reconquête de l’Espagne par les Rois catholiques

1554 : début de la réforme de l’Ordre du Carmel par Ste Thérèse d’Avila et St Jean de la Croix

1891 : naissance de Maravillas

30 mai 1919 : consécration de l’Espagne au Sacré Cœur par le roi Alphonse XIII

1931 : la République est proclamée

1936 : début de la guerre civile qui fait 600 000 morts

1939 : avènement de Franco

1974 : mort de Mère Maravillas

1977 : retour à la démocratie

1986 : entrée de l’Espagne dans la CEE

Sainte Maravillas de Jésus

Le 10 mai 1998, le pape Jean-Paul II béatifie Mère Maravillas. Le miracle qui obtient sa canonisation concerne un garçon de 18 mois : en Argentine, le 19 juillet 1998, le petit Manuel tombe dans un bassin et y séjourne 25 minutes avant d’être emmené en coma profond à l’hôpital où la réanimation est pratiquée sans espoir. Sa mère Alicia se met à prier Mère Maravillas et reçoit une grande paix : Je n’ai désespéré qu’entre la piscine et l’hôpital. L’enfant recrache des quantités d’eau très sale et le médecin annonce des séquelles neurologiques sévères.

Transporté à l’hôpital pour enfants, on informe la mère qu’il restera, s’il survit, dans un état végétatif. Vous ne savez pas ce qui va se passer, réplique-t-elle. Au matin, sous le regard stupéfait des médecins, Manuel s’éveille et, voyant Alicia, parle : Maman ! Il quitte le service de soins intensifs et est mis en observation. Le médecin des urgences appelle pour savoir s’il est mort ; quand on lui annonce que son état est absolument normal, le docteur s’étonne : Il ne peut s’agir de l’enfant dont je parle. La nouvelle se répand dans tout l’hôpital : C’est un miracle !

Mère Maravillas de Jésus est canonisée par Jean-Paul II le 4 mai 2003 à Madrid.

Pensées de Mère Maravillas

Une âme qui se sanctifie est plus utile aux âmes que tout le reste.

Je ne désire la vie que pour imiter le plus possible celle du Christ.

Voyez comme Jésus nous a aimés : Il n’a pas pu attendre le ciel pour s’unir à notre âme !

Le Seigneur sait tout, Il peut tout et Il nous aime.

L’Espagne sera sauvée par la prière.

Jésus à Mère Maravillas, 1923

(Paru dans la revue Feu et Lumière, Octobre 2004)

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Une réflexion au sujet de « Mère Maravillas de Jésus (1891-1974) – « Si tu Le laisses faire… » »

  1. j’aurai aimee l’avoir connu elle a une belle place dans les cieux l’Espagne n’a pas su garder cette lumiere on voie le resultat dommage

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