Mélanie Calvat (1831-1904) – La bergère qui a vu pleurer la Sainte Vierge

Calomniée, méprisée, Mélanie l’oubliée a pourtant bien un secret à nous transmettre. Sa familiarité confiante avec l’Enfant Jésus et son obéissance filiale à la Vierge Marie lui ont permis de traverser sereinement les épreuves qu’elle a connues dès son enfance. Elle nous apprend, en toutes choses, à garder notre cœur et notre confiance établis en Dieu. De sa pauvre vie, Mélanie Calvat a fait une action de grâces, elle dont Léon Bloy a écrit : « Je pense que le vrai nom de Mélanie, c’est Magnificat. »

Paru dans la revue FEU ET LUMIERE de Décembre 2005

De son enfance de misère à sa vieillesse dans l’exil – beaucoup même la croyaient déjà morte alors qu’elle se débattait dans d’insurmontables épreuves -, Mélanie Calvat a manifesté toute sa vie une force de caractère lui permettant de surmonter les calomnies qui n’ont jamais cessé à son sujet, choisissant, dans le silence, la voie de l’obéissance et de l’humilité. Quand on lui demandait si elle était heureuse d’avoir vu la Vierge et d’avoir transmis son message, elle répondait : Oui, mais je serais bien plus contente si elle ne m’avait pas dit de le dire. – Pourquoi donc ? – Cela me fait trop voir.

 

« J’étais plus méchante que pauvre »

 

Mélanie Calvat naît à Corps, dans l’Isère, le 7 novembre 1831. Son père Pierre, maçon et bûcheron, est un honnête homme qui s’absente souvent pour chercher du travail. Sa mère, Julie Barnaud, donnera naissance à dix enfants, mais tous ne vivront pas. Par nature, ma mère était gaie. Elle aimait les divertissements, les danses, les comédies et elle était toujours à toutes les fêtes du pays. Elle emmène Mélanie avec elle. Mais à peine arrivées, les cris et les larmes de l’enfant obligent sa mère à la ramener à la maison. Julie prend alors Mélanie en aversion. Elle la bat en l’absence du père et la chasse plusieurs fois du foyer.

 

Pierre Calvat est croyant : Mon père était plus sérieux. Il était l’ami de tout le pays. Il aimait le travail. Il faisait faire la prière aux enfants le soir. Mélanie est une enfant taciturne et solitaire qui n’aime pas sortir : Je préférais rester ici avec le Crucifix de mon père ; à cela, ma mère me grondait. Sa mère l’appelle la Muette ou la Louve. Mélanie se persuade qu’elle mérite ces mauvais traitements : Mes parents étaient pauvres, mais la vérité est que j’étais plus méchante que pauvre. C’est pourquoi, de bonne heure, je fus mise à servir par ma chère mère. Elle est placée comme bergère chez divers maîtres des environs. Plusieurs fois, elle est protégée mystérieusement d’atteintes à sa pureté.

 

« Appelez-moi votre Frère »

 

À trois ou quatre ans, quand elle erre, toute seule, dans les bois, elle fait la rencontre d’un jeune garçon qui l’appelle Sœur. Elle ignore qu’il s’agit de l’Enfant Jésus. J’étais toute petite pour mon âge et mon Frère était exactement de la même taille que moi. Mélanie grandit, lui non. Il lui enseigne tout ce qu’une fillette doit savoir. D’abord la lecture : Il me montra [sur une image pieuse] avec son petit doigt où il fallait commencer et dit : « Maintenant, lisez. » Et je lus. Ensuite, à être présentable : Il m’a même appris à me peigner. Il arrangeait mes cheveux avec ses petits doigts. Il lui apprend également à tricoter et à tresser la paille pour me faire un chapeau. Et aussi la couture : Je coupe dans l’étoffe comme il m’a fait voir. Je n’ai rien à rectifier et il n’y a pas d’étoffe perdue. Plus tard, il lui enseigne l’italien avec l’accent le plus pur, on crut que j’étais de Toscane, ainsi que l’anglais et le grec moderne.

 

Ce n’est qu’à 22 ans que Mélanie sut qui il était. Pendant que je priais avec lui, je vis qu’il me regardait. Je lui dis : « Au lieu de me regarder, faites donc votre prière. » Il répondit : « Si je me montrais dans ma gloire, vous ne pourriez pas soutenir l’éclat de ma majesté. » Et en même temps, il apparut de taille d’homme et glorieux. Je fus comme anéantie. Quand il reprend son apparence d’enfant, Mélanie est confuse : Je ne sais plus comment vous appeler. – Sœur de mon cœur, appelez-moi toujours votre Frère.

 

La Vierge qui pleure

 

Quand elle a quatorze ans, sa mère l’envoie à La Salette, un pays de loups où la neige ne fond pas et d’où elle ne reviendra pas. Mélanie y rencontre le 18 septembre 1846 Maximin Giraud, âgé de onze ans, qui n’est pas berger comme elle : orphelin de mère, il court les chemins avec sa chèvre et son chien. Le lendemain, les deux enfants font ce que Mélanie appelle un paradis, petite construction en pierre pour les saints du Ciel. Soudain, Mélanie aperçoit une lumière plus brillante que le soleil : Maximin, vois-tu là-bas ? La lumière les enveloppe. Une autre lumière plus vive apparaît et dans cette lumière se tient une Belle Dame, assise sur leur paradis.

 

La Sainte Vierge pleura presque pendant tout le temps qu’elle nous parla. Ses larmes descendaient lentement une à une jusqu’à ses genoux puis, comme des étincelles de lumière, elles disparaissaient. Elle était toute belle, faite d’amour. Son regard était doux, pénétrant. Elle porte une couronne de roses et un tablier brillant comme le soleil sur un habit d’un blanc argenté. Elle adresse un message public aux enfants, puis un secret à Maximin seul (qui ne sera jamais connu) et un autre à Mélanie : Vous pourrez le publier en 1858, ainsi que la Règle d’un Ordre qui lui serait consacré, l’Ordre de la Mère de Dieu. Cinq ans plus tard, le 19 septembre 1851, l’évêque de Grenoble reconnaît l’Apparition comme « indubitable et certaine ».

 

Les Apôtres des derniers temps

 

Dans ces messages, la Vierge appelle à la conversion et à la ferveur. Comme Jésus dans les Évangiles, elle annonce des catastrophes, des guerres, des plaies et des fléaux. Elle adresse « un pressant appel à la terre » : J’appelle les Apôtres des derniers temps, les fidèles disciples de Jésus-Christ qui ont vécu […] dans l’union à Dieu, dans la souffrance et inconnus du monde. Il est temps qu’ils sortent et viennent éclairer la terre. Allez et montrez-vous comme mes enfants chéris ; je suis avec vous et en vous, pourvu que votre foi soit la lumière qui éclaire dans ces jours de malheur.

 

Mgr Paciello, à l’occasion du centenaire de la mort de Mélanie (cf. encadré), fait ce commentaire des paroles attribuées à Marie : Je crois que la Vierge à La Salette est venue enseigner à l’Église, aux prêtres, à la hiérarchie ecclésiale et au monde entier cette question, apporter ce sujet à notre réflexion : « Je suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre »… Ni le pouvoir ni l’argent ni le positivisme ni le matérialisme ni l’athéisme. Elle est venue dire à l’Église : « Ne vous suffit-il pas que soit venu le Christ ? »

 

« Pas une pierre où reposer sa tête » (Lc 9, 58)

 

Après l’Apparition, Mélanie reçoit le conseil de se faire religieuse. Son père tente de l’en empêcher à coups de fusil ! Mélanie entre chez les religieuses de la Providence à Corenc. Elle s’y trouve bien, se montrant plus sociable ; toutes sont frappées par son humilité. Ce cheminement spirituel et humain est brusquement arrêté quand l’évêque de Grenoble change : son successeur l’exile en Angleterre. Commence alors pour Mélanie, devenue Sr Marie de la Croix, une vie d’errance (Marseille, la Grèce, l’Italie…) alors qu’on lui reproche son instabilité : Quelques-uns croient qu’il me plaît de voyager, d’aller de ci, de là. Comme ils se trompent !

 

Les derniers mois de sa vie, Mélanie les passe à Altamura, en Italie, où son corps est pieusement conservé. C’est là qu’elle meurt, la nuit du 14 au 15 décembre 1904, ayant dit dans l’une de ses dernières lettres : Il est écrit quelque part que qui aura été fidèle dans les petites choses le sera dans les grandes.

 

Des grâces mystiques

 

Dès l’âge de cinq ans, elle demande à son petit Frère comment répondre à son amour. Elle reçoit alors les stigmates. Parfois, les plaies saignent, surtout le vendredi et pendant le Carême ; parfois, on ne voit qu’une cicatrice. Mélanie s’en cache soigneusement. Durant l’été 1900, alors qu’elle se trouve à Diou, le père Combe s’étonne qu’elle manque souvent la messe ou arrive en retard. Quand il découvre la cause de ces retards, il s’écrie : Ne peut-elle pas obtenir du Bon Dieu que ses tourments mystiques se produisent à d’autres heures ?

 

Elle ne mange presque rien, la communion lui tenant lieu de nourriture : Si je n’étais privée que des sacrements, ce serait déjà me tuer. Elle bénéficie plusieurs fois de visions, visitant le Purgatoire, et de communions mystiques. Enfant, elle organise dans la solitude des bois des processions avec les animaux sauvages qui viennent à sa rencontre. On lui attribue deux miracles : un enfant sauvé du feu quand elle trace sur lui un signe de croix, et une fillette tombée d’un arbre qu’elle guérit d’une fracture. Un jour, alors qu’elle parle au père Combe, celui-ci comprend qu’elle voit son ange gardien à côté de lui : Sous quelle forme le voyez-vous ? – Sous forme humaine. De votre taille. Toujours très près de vous, à côté ou devant. Lors de sa première exhumation, en juin 1905, son corps est trouvé intact, les joues rouges, la chair comme vivante.

 

« Une petite et inutile bergère »

 

On décèle bien des vertus dans la vie de Mélanie, et toutes sont cachées sous le manteau de son humilité : Je ne suis toujours qu’une petite et inutile bergère. Quand on parle d’elle, elle rétorque : Je ne suis pas une sainte pour qu’on pense à moi ! Elle fait preuve parfois d’une immense naïveté : Je ne comprends pas ces péchés, mais j’ai dû les faire aussi.

 

Des Visitandines de Rome témoignent : Il nous est impossible de dire toutes les vertus qu’on lui a vu pratiquer. C’était une âme toute abîmée en Dieu. Ses paroles étaient toujours bonnes et édifiantes et elle mettait ses délices à parler de la très Sainte Vierge.

 

Pour en savoir plus

Lire les ouvrages d’Henri Dion consacrés à la réhabilitation de Mélanie Calvat.

 

Maximin Giraud (1835-1875)

Le second voyant de La Salette est très différent de Mélanie : vif, espiègle, il a la langue bien pendue. Il perd sa mère à l’âge de 17 mois et grandit sous l’œil indifférent de sa belle-mère. Tendre quand il se sent aimé, il peut se montrer malicieux et même difficile. Il a onze ans au moment de l’Apparition. Quand son père meurt, il est recueilli par M. et Mme Jourdain. On le poussa dans des voies qui n’étaient pas les siennes : on le fit étudier, il échoua ; il entra au Séminaire et en ressortit, malgré sa piété. Il fut même zouave pontifical. En réponse aux calomnies, il publia une plaquette intitulée : Ma profession de foi, réaffirmant son amour pour la Vierge Marie et sa certitude de l’avoir vraiment vue :

« Moi le témoin de l’Apparition, à l’âge de 30 ans accomplis, je suis prêt à donner ma vie pour soutenir et défendre la vérité de cet événement. »

Il ne se maria pas. Il vécut et mourut pauvrement, sans se plaindre. Très malade, quand on lui demandait le récit de l’Apparition, son visage s’illuminait. Il mourut le 1er mars 1875 en invoquant la Belle Dame.

 

Le centenaire de la mort de Mélanie

Le 15 décembre 2004 en la cathédrale d’Altamura fut célébré par Mgr Paciello le centenaire de la mort de la Voyante… en présence de quinze Français seulement ! Voici des extraits de son homélie :

« Nous sommes ici rassemblés pour regarder celle que le Seigneur nous a laissée en héritage à Altamura […] pour que nous sachions accueillir le message que la Vierge lui a confié et le vivre : appel très fort à nous réconcilier avec Dieu et à nous faire instruments de réconciliation avec lui. »

« Ne pensons pas qu’elle était seulement une privilégiée de Dieu, qui a vécue une vie belle et tranquille, presque marchant comme sur les nuages. […] Elle a été choisie pour devenir un instrument qui porte au monde la volonté de Dieu que tous les hommes soient sauvés et pour faire prendre conscience à l’Église de son devoir de croire au Christ et de mettre en pratique sa Parole, de nous convertir et de nous purifier continuellement, de vivre l’Évangile et d’en témoigner au monde au milieu des évènements. »

 

Paroles de Mélanie Calvat

 

Mon cœur est vraiment trop petit, trop étroit, il me fait souffrir.

 

Il me semble que l’humilité n’est pas autre chose que la vérité : être bien persuadé de notre incapacité à faire un bien méritoire pour le ciel sans Dieu, sans sa grâce et sans son opération en nous.

 

Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, mais seulement de vous le dire.

 

Qui sait si ce que nous appelons des disgrâces ne sont pas des grâces.

 

Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais en enfer une âme qui a été aimante de la Mère de Dieu.

 

Si j’avais commis tous les péchés qui sont sur la terre, je voudrais espérer en la grande miséricorde de Dieu.

 

Dites souvent : Mon Dieu, donnez-moi la foi et je serai sauvé.

 

Vive Dieu que nous pouvons voir sans yeux !

Mélanie Calvat souffrant de cécité en 1903

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