Matteo Ricci (1552-1610) – Un Italien devenu Chinois

Quand on a la chance d’approcher l’empereur de Chine au XVIIe siècle, que faut-il donc lui offrir pour retenir son attention ? Une bible ? Une croix ? Matteo Ricci lui fait cadeau d’une horloge et obtient ainsi l’autorisation de poser les fondations de l’Église de Chine…

Paru dans le Feu et Lumière n° 2759 de Janvier 2009

Mai 1577 à Rome. Le Procureur des Missions d’Orient recrute des volontaires pour l’Asie. Dans l’assistance, un jeune Italien de 24 ans, qui vient d’entrer au noviciat des Jésuites, écoute avec ferveur. Matteo Ricci reçoit en cet instant l’appel qui ne le quittera jamais : évangéliser la Chine.

 

Professeur en Inde

 

Né le 6 octobre 1552 à Macerata, d’un père pharmacien, Matteo entre au collège des Jésuites à dix ans et y découvre sa vocation religieuse. À seize ans, il vient à Rome étudier le droit. Accepté comme volontaire pour partir en Asie, il va continuer sa formation au Portugal. Le 29 mars 1578, avec neuf autres jésuites, il est prêt à partir. Âgé de 25 ans, solidement bâti, grand et beau, Matteo Ricci est remarqué partout où il passe !

 

Il va rester trois ans en Inde, dans un paysage paradisiaque dont la beauté n’a d’égale que la gentillesse de ses habitants, enseignant le latin et les mathématiques. Ordonné prêtre le 26 juillet 1580, Matteo ronge son frein : cette vie paisible ne lui convient guère, il rêve d’une destination mystérieuse : la Chine, monde clos derrière son impénétrable muraille. Il a lu tout ce qu’il pouvait trouver sur ce pays, c’est-à-dire bien peu de choses : un livre de Marco Polo et les souvenirs de quelques voyageurs. Brillants astronomes, les Chinois ont inventé la boussole, la poudre et le papier.

 

Une chapelle en terre de Chine

 

Un jésuite qui vit depuis deux ans à Macao demande du renfort. Matteo le rejoint en août 1582. Son tempérament enjoué s’efforce de réconforter son compagnon qui désespère : il n’a jamais obtenu l’autorisation de s’établir en Chine. Matteo se met aussitôt à l’étude du mandarin, le dialecte que l’on parle à Pékin, but de son voyage. Il est également un bricoleur de génie et fabrique des objets scientifiques.

 

Matteo étudie sans relâche et se met à la lecture des cinq livres les plus importants appelés le « canon chinois ». Il veut saisir la pensée de ce peuple. Il est confronté à un problème inattendu : le mot « dieu » n’existe pas en tant que tel en chinois ! Après réflexion, Matteo choisit le terme le mieux adapté pour exprimer Dieu : Tianzhu, le « Maître du ciel ». Avec autant d’assiduité que d’amour, Matteo, servi par sa remarquable mémoire, fait des progrès fulgurants. En septembre 1583, sans comprendre pourquoi, les jésuites sont invités à Canton par le gouverneur du vice-roi et autorisés à s’installer non loin de là, à Shiu-Hing : pour la première fois dans l’histoire du christianisme, une chapelle est érigée en Chine.

 

L’orgueil des Chinois

 

Matteo a trente ans. De son chinois hésitant émanent une autorité naturelle et une culture qui frappent les intellectuels de ce peuple savant : « Les gens n’ayant jamais vu d’étrangers, nous provoquons dérision et émerveillement. Mais les personnes distinguées nous honorent et viennent, avec une grande politesse, à notre maison et à notre chapelle. » Là, plusieurs points les étonnent ; la place de la Vierge Marie n’est pas comprise : « Ces barbares en robe longue ont pour dieu une femme ! » La vision du crucifix les frappe profondément : un dieu qui souffre et qui meurt, cela dépasse leur entendement : les étrangers ont apporté « un spectre » !

 

Le gouverneur continue à apporter son soutien à la petite communauté. Matteo a réfléchi : il doit s’adresser aux intellectuels, aux savants et aux philosophes. Bientôt, ceux-ci viennent frapper à la porte pour discuter longuement avec les jésuites. Ils admirent les ouvrages de Droit canon aux riches reliures : « Si ces livres sont si beaux, concluent-ils, c’est que leur contenu est précieux. » Matteo reconnaît que l’heure des conversions n’a pas encore sonné : « L’orgueil des Chinois ne s’est pas encore tant abaissé qu’ils puissent recevoir une religion étrangère. »

 

Le grand sage d’Occident

 

Matteo dessine une carte du monde qui provoque la stupéfaction de ses interlocuteurs : pour eux, la Chine couvre toute la terre et les pays du monde ne sont que quelques îles éparses autour d’elle : « Ils admirèrent comme chose inouïe cette description de l’univers. » Au bout de six ans, Matteo, surnommé Li Mateou ou Si Taï, « le grand sage d’Occident », parlant un chinois châtié, vêtu de soie rouge à la manière des mandarins et doté d’une longue barbe fournie, rêve toujours d’atteindre Pékin. Un jeune homme, fils d’un haut magistrat, l’a rejoint pour étudier l’alchimie. Après des mois consacrés à la science, enfin, Kiou demande à Matteo : « Acceptes-tu de m’enseigner la doctrine chrétienne ? » Dix ans plus tard, il deviendra chrétien sous le nom d’Ignace.

 

En 1598, alors que Matteo vit en Chine depuis seize ans, un dignitaire de province qui bénéficie une promotion lui propose de l’emmener à Pékin. Matteo s’installe à Nankin, capitale du sud, pour y attendre le visa qu’il reçoit en septembre 1600. Arrivé à Pékin en janvier 1601, il demande audience à l’empereur, homme perverti, glouton, ivrogne et colérique. Celui-ci, parmi tous les cadeaux envoyés, garde pour lui une petite image du Christ et une grosse horloge, émerveillé par « ses cloches qui sonnent toutes seules ». Il leur donne en mai le droit de s’installer à Pékin.

 

Des fruits lents à mûrir

 

Comme à Nankin, les riches lettrés viennent trouver Matteo pour le consulter et le questionner sur les sciences. En effet, « son but était d’entraîner les Chinois dans des travaux scientifiques, afin qu’ils deviennent plus réceptifs à la foi chrétienne ». Il écrit – en chinois – douze livres sur les mathématiques. On a pu le lui reprocher, mais Matteo n’a jamais quitté des yeux son objectif : « Les conversions, écrit-il à son supérieur en France, nous ne songeons qu’à cela, de jour et de nuit. C’est dans cette intention que nous sommes ici, habillés et chaussés à la chinoise, ne parlant, ne mangeant, ne buvant, ne logeant qu’à la chinoise. » Après quatre ans, les jésuites peuvent recenser quatre cents conversions.

 

Matteo envisage avec confiance le fruit modeste de sa longue présence en terre chinoise : « Nous ne sommes pas en Chine pour récolter ni même semer, mais seulement pour en défricher la forêt. » La mission doit s’agrandir à cause du grand nombre d’hôtes qu’elle reçoit : « Notre nouvelle demeure est assaillie par une multitude de visiteurs. » Le 3 mai 1610, une forte fièvre oblige Mateo à s’aliter. Il meurt le 11 mai, âgé de 58 ans, en prononçant ces mots : « Je vous laisse une porte ouverte à de grands mérites, mais non sans beaucoup de périls et de travaux. » L’empereur, fait exceptionnel, accepte qu’il soit enterré en Chine. On compte alors 2500 catholiques dans tout le pays.

Aujourd’hui, on estime entre douze et quatorze millions le nombre de catholiques en Chine.

 

Repères biographiques

 

Vers 37 : passage des apôtres Jude et Thomas en Asie

1245 : arrivée des premiers franciscains

3 décembre 1552 : mort du jésuite saint François-Xavier aux portes de la Chine

10 décembre 1552 : naissance de Matteo Ricci

1568 : part à Rome pour ses études et entre chez les jésuites

1577 : volontaire pour les missions d’Asie

26 juillet 1580 : ordonné prêtre

1582 : part pour la Chine

1601 : autorisé à s’installer à Pékin

11 mai 1610 : meurt d’une congestion pulmonaire

 

Matteo Ricci aujourd’hui

 

Qu’a-t-il à nous dire ?

Il nous invite à évangéliser, non pas toujours explicitement, mais par le biais de nos dons, de nos talents, de nos réalisations.

Qu’est-ce qui nous touche en lui ?

Il a manifesté une confiance totale en Dieu, une joie inaltérable, une ouverture d’esprit étonnante et un respect infini des gens auxquels il s’adressait.

Que retenir de sa vie ?

Dans la droite ligne de saint Paul, il s’est fait « tout à tous », pour rejoindre les Chinois et leur annoncer une foi qu’ils puissent comprendre : « On fait plus de fruit avec des conversations qu’avec des sermons. »

 

Citations

 

« Les conversions, c’est pour cela que nous avons quitté notre patrie et nos amis très chers. »

Matteo Ricci, lettre de 1599

 

« Je jette les premiers fondements de notre foi. Plusieurs, entendant cette doctrine, éprouvent tant de contentement qu’ils fondent en larmes, comme si c’était moi qui l’avais découverte. »

Matteo Ricci

 

Post-scriptum*

Pour en savoir plus :

Lire « Matteo Ricci, l’homme qui voulait convertir la Chine », de Paul Dreyfus, Jubilé, 2004.

 

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