Le père Adolphe Roulland (1870-1934) – Le « frère » missionnaire de sainte Thérèse

« Je marche pour un missionnaire », disait Thérèse à la fin de sa vie. Deux prêtres missionnaires ont en effet été confiés par mère Marie de Gonzague aux prières de sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus : l’abbé Maurice Bellière, Père Blanc, en 1895 et le père Adolphe Roulland (1870-1934), des Missions Étrangères de Paris.

Paru dans le Feu et Lumière n° 287 d’Octobre 2009

À Cahagnolles, petit village du Calvados, la forge fait beaucoup de bruit. On entend les coups de marteau, on sent l’odeur du fer que l’on chauffe au feu. C’est là que naît Adolphe Roulland, le 13 octobre 1870. Fils unique, il est bien choyé, bien gâté ! Mais sa mère est profondément chrétienne : elle lui apprend à prier et à obéir.

 

Une petite sœur carmélite

 

Un jour, Adolphe annonce à sa mère qu’il veut devenir missionnaire. Son entourage la plaint, mais elle les fait taire : « Je veux ce que veut mon enfant ! Et surtout, je veux ce que veut le bon Dieu ! » En septembre 1890, Adolphe va voir vingt ans. Dans un mois, il entrera au séminaire pour devenir prêtre. Mais soudain, il hésite. Il prie la Vierge Marie et son combat s’arrête : oui, il veut vraiment être prêtre ! Il dira plus tard : « Le 8 septembre 1890, Notre-Dame de la Délivrande a sauvé ma vocation. »

 

À vingt-six ans, alors qu’il va bientôt être ordonné prêtre et partir au Su-tchuen en Chine, il demande à Mère Marie de Gonzague, prieure du carmel de Lisieux, si une carmélite veut prier pour lui quand il sera en mission. Mère Marie de Gonzague choisit une religieuse de vingt-trois ans, déjà très malade : sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus. Quand Thérèse écrit au père Roulland pour la première fois, elle lui dit : « Je serai vraiment heureuse de travailler avec vous au salut des âmes. Je ne peux pas être missionnaire par l’action, mais je veux l’être par l’amour. »

 

Le 28 juin 1896, il devient prêtre. Une semaine plus tard, il fait ses adieux à sa famille. Il sait qu’il ne les reverra sans doute jamais. Il se rend au carmel de Lisieux afin d’y rencontrer – pour la première et dernière fois – sa petite « sœur » d’âme. Au parloir, il peut lui parler à travers la grille, mais n’entrevoit qu’un voile noir. Quand il se prépare à dire la messe, Mère Marie de Gonzague lui indique où se trouve sœur Thérèse dans la chapelle : « Ainsi, vous pourrez voir son visage avant de partir. » Quand Thérèse s’avance pour communier, le père Roulland la regarde avec émotion : « Grâce à ses prières, je gagnerai quelques âmes à Dieu. »

 

Fièvres, pirates et brigands

 

Le jour du départ est arrivé. Le père Roulland écrit à Thérèse : « Je pars heureux, parce que je sais que notre apostolat, c’est-à-dire le vôtre et le mien, sera béni du bon Dieu. » Après la longue traversée en bateau, le père Roulland tombe malade en arrivant sur le lieu de sa mission. Il guérit pourtant, alors que les médecins l’avaient condamné. Il peut s’écrier : « Enfin, j’ai foulé le sol de la Chine ! » Il revêt, à la place de sa soutane noire, le costume chinois formé d’une longue robe et d’une tunique à col droit. « Je pense au Sauveur revêtu de notre pauvre humanité », lui écrit Thérèse à ce sujet.

 

Il envoie à Thérèse les dates importantes de sa vie. Elle lui répond : « Permettez-moi de vous confier un secret. Le 8 septembre 1890, votre vocation était sauvée par Marie. En ce même jour, une petite carmélite devenait l’épouse du Roi des cieux. Elle a demandé à Jésus qu’à sa place, un prêtre reçoive les mêmes grâces du Seigneur et qu’il ait les mêmes désirs qu’elle. » Thérèse parle d’elle-même, c’était en effet le jour de sa profession religieuse ! Elle ajoute : « Je croyais ne rencontrer qu’au Ciel l’apôtre, le frère que j’avais demandé à Jésus. »

 

En Chine, le père Roulland s’habitue à sa nouvelle vie. La région du Su-tchuen est une région pauvre que la famine menace. Les Mandarins, hauts fonctionnaires de l’empire de Chine, ont du mal à maintenir l’ordre à cause des brigands qui volent les maigres réserves des habitants, tandis que sur les côtes et les fleuves, les pirates règnent en maîtres. Un jour, alors que des bandits sont installés dans un vieux château-fort non loin de là, le père Roulland décide, avec l’accord du Mandarin, de transformer la mission en place d’armes et la communauté chrétienne en milice ! Pendant que les hommes apprennent à tirer au fusil, les femmes prient. Peu de temps après, la réserve de munitions des bandits explose, faisant plusieurs morts ; les autres quittent alors la région, tout danger est écarté.

 

Un enfant qui apprend à parler

 

Logé dans une famille chinoise chrétienne, il étudie la langue et écrit à Thérèse : « Je suis comme un enfant qui apprend à parler ! » Il visite les malades, s’occupe des enfants tandis que les conversions se multiplient pour la grande joie de Thérèse : « Lorsque vous baptiserez beaucoup d’enfants, lui écrit-elle en mars 1897, vous feriez bien plaisir à ma sœur (carmélite comme moi) en appelant deux petites sœurs Céline et Thérèse. »

 

Le père Roulland est nommé professeur au séminaire et donne du temps aux élèves en difficulté. Homme droit, fervent, modeste, tout le monde l’aime et l’apprécie. En novembre 1897, il reçoit une lettre de Thérèse, datée du 14 juillet. Il l’ouvre avec joie, mais voici ce qu’il lit : « Quand vous recevrez cette lettre, j’aurai quitté la terre. » En effet, à la fin, Mère Marie de Gonzague lui annonce que Thérèse est morte le 30 septembre. Elle lui a écrit de l’infirmerie, avec ses dernières forces : « Je vous serai bien plus utile au Ciel que sur la terre. »

 

Treize ans de mission

 

Il devient curé de sa paroisse chinoise. Il reconstruit les bâtiments détruits par des bandits, rassure les chrétiens apeurés, ouvre une école de filles et une école de garçons. Comme il n’y a pas d’enseignants, il ouvre deux autres écoles pour former des maîtres et des maîtresses. Il passe ainsi treize ans en Chine, puis on le rappelle à Paris. Il n’a que trente-neuf ans, mais est fatigué, usé et souffre des jambes. Après la guerre, il s’occupe du Noviciat des Frères afin de préparer les jeunes prêtres pour les envoyer en mission. Il rêve de retourner au Su-tchuen ; pourtant, il se dévouera à cette œuvre jusqu’à la fin de sa vie.

 

En mai 1925, au milieu d’une grande foule, le père Roulland se trouve à Rome, tout ému. En ce jour, sa petite « sœur » d’âme est proclamée sainte ! Neuf ans plus tard, la maladie vient le terrasser. Il sombre peu à peu dans le coma. Il ne s’éveille que lorsqu’on invoque devant lui le nom de Thérèse de Lisieux. C’est alors comme un rayon de lumière et de joie ! Il meurt le 12 juin 1934. Un jour, il avait écrit à Thérèse : « Si des brigands m’assassinent et si je ne suis pas digne d’entrer immédiatement au Ciel, vous me tirerez du Purgatoire et j’irai vous attendre au Paradis. » Mais c’est elle qui l’attendait !

 

 

Les Missions Étrangères de Paris

 

Fondées en 1658, les Missions Étrangères de Paris ont permis d’envoyer des missionnaires dans les pays d’Asie : depuis 350 ans, plus de 4500 prêtres sont partis pour la Birmanie, le Cambodge, la Chine, la Corée, Hong Kong, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, le Laos, les Philippines, le Tibet, le Vietnam, Madagascar, la Malaisie, l’Île Maurice, Singapour, Taiwan, la Thaïlande… À cause du climat et des persécutions, beaucoup de missionnaires sont morts là-bas ou sont rentrés en France malades et affaiblis. Vingt-trois d’entre eux ont été canonisés.

Témoignages actuels et cartes postales d’époque sur le site : www.mepasie.org

 

Le père Roulland aujourd’hui

 

Qu’a-t-il à nous dire ?

Il nous invite à porter Dieu, avec audace, joie et respect, à ceux qui se perdent dans le désespoir.

Qu’est-ce qui nous touche en lui ?

Il a toujours cherché la volonté de Dieu, en Chine comme de retour en Europe, dans la maladie comme dans la santé, dans les échecs comme dans le succès.

Que retenir de sa vie ?

« Mon Dieu, c’est pour votre amour que nous sommes venus ici », écrit-il à Thérèse. Il nous invite à faire toute chose avec amour et par amour.

 

Citation

 

« À Dieu, mon Frère… la distance ne pourra jamais séparer nos âmes. Si je vais bientôt dans le Ciel, je demanderai à Jésus la permission d’aller vous visiter au Su-tchuen et nous continuerons ensemble notre apostolat. »

Ste Thérèse, Lettre 193 du 30 juillet 1896

 

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8 réflexions au sujet de « Le père Adolphe Roulland (1870-1934) – Le « frère » missionnaire de sainte Thérèse »

  1. BONJOUR ,

    comment trouver plus de détails sur sa vie ?
    merci pour votre aide
    Sandrine

  2. bonjour ,
    je m’interresse à ce missionnaire , car je m’appelle Roulland ( nom de naissance ) , et je recherche si il serait de ma famille , mais pas facile à retrouver
    et comme en plus je suis très attachée à Sainte Thérèse , ce serait doux a mon coeur de savoir ma parenté avc le Père Roulland
    merci pour votre renseignement
    Sandrine

  3. Ah je comprends, c’est vrai que c’est incroyable !! J’espère que vous pourrez en savoir plus !
    Odile Haumonté

  4. je vous tiendrais au courant si mes recherches aboutissent dans ce sens
    fraternellement
    sandrine

  5. pouvez vous me dire ou se trouve la tombe du père A. Rouland? Je suis bénévole à la maison natale de Ste Thérèse et parfois les pèlerins nous demandes des renseignements dans ce sens. Dans aucun document je n’ai trouvé cette réponse. Merci beaucoup de me répondre avec mon adresse mail car je ne suis pas sûre de retrouver le site sur lequel je suis. Merci de votre compréhension. Marie Madeleine .

  6. Chère Amie,
    Merci beaucoup pour votre message.
    Je ne connais pas le lieu exact où a été enterré le père Roulland, mais son dernier poste était à Dormans (Marne) où se trouvait un Noviciat des Frères ; d’après la notice biographique des Missions Etrangères de Paris, c’est là qu’il est tombé malade et qu’il est mort, donc sans doute est-il enterré là-bas.
    Avec toute mon amitié,
    Odile

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