Francisco et Jacinta de Fatima – « Bienheureux les cœurs purs »

Francisco (11 juin 1908 – 4 avril 1919) et Jacinta (10 mars 1910 – 20 février 1920)

Depuis le 13 mai dernier nous sont proposés en modèles, par l’Église, les petits voyants de Fatima : Francisco et Jacinta.  » Bienheureux les cœurs purs « … non parce qu’ils ont eu le privilège de voir la sainte Vierge, mais parce que cette rencontre a changé leur vie, les engageant radicalement sur le chemin de la sainteté.

Paru dans la revue Feu et Lumière d’Octobre 2000

Février 1920. Dans un hôpital de Lisbonne, une petite fille de presque dix ans regarde se coucher le soleil pour la dernière fois. Elle va mourir cette nuit et elle le sait. Elle s’est confessée, mais n’a pas reçu l’hostie tant désirée : le prêtre ne l’a pas trouvée assez mal encore pour lui donner le saint Viatique. Il a promis de revenir le lendemain. Mais Jacinta attend une autre visite : cette nuit même, Notre-Dame doit venir me prendre pour le Ciel !

 

Une éducation tendre et ferme

 

Au début du siècle, le village de Fatima regroupe quelque 2500 habitants dans une quarantaine de hameaux disséminés sur le vaste plateau montagneux de la Serra de Aire. Dans l’un de ces hameaux, on se réjouit en ce 10 mars 1910 de la naissance d’une petite Jacinta, onzième enfant de la famille Marto. La vie est rude pour ces paysans pauvres, mais profondément religieux. Sur le berceau de la fillette se penche Francisco ; du haut de ses deux ans pas encore sonnés, il regarde le bébé avec sa placidité coutumière.

 

Jacinta en grandissant fait la joie de sa famille : vive, joyeuse, volontaire, elle illumine la maison comme un rayon de soleil. On se dispute le plaisir de la caresser, de la faire jouer, de la voir rire. Sa mère Olimpia élève ses enfants avec autant de tendresse que de fermeté et les réunit autour d’elle pour leur enseigner les traditions, les règles de vie, les chants du pays, l’histoire du Portugal et surtout le catéchisme, l’histoire Sainte et la vie des saints.

 

Francisco et Jacinta recherchent volontiers la compagnie de leur cousine Lucia. Les trois enfants alternent les conversations spirituelles et les jeux. Un jour, Lucia commande à Jacinta qui a perdu au jeu des gages d’aller embrasser un de ses grands frères. Très pudique, Jacinta refuse et désigne le Crucifix sur le mur : Pourquoi tu ne me fais pas embrasser Notre-Seigneur qui est là ? – Tu as raison ! La fillette monte sur une chaise et, décrochant le Crucifix, l’embrasse avec ferveur.

 

Trois petits bergers

 

Les enfants deviennent bergers du troupeau familial. Pour eux, chaque jour est une fête. Les deux troupeaux sont mis en commun ; après une prière, ils partent joyeusement au pas lent des moutons, s’installent à l’ombre et jouent tout en surveillant leurs bêtes. Quand sonne l’Angélus de midi, ils partagent le pain de maïs ou de seigle, les sardines, le fromage, les olives. Puis, suivant la recommandation maternelle, ils récitent le chapelet. Mais parfois, dans leur hâte de reprendre leurs jeux, selon une astuce inventée par Jacinta, ils font glisser les grains en ne disant que « Ave Maria, Ave Maria… » Ce n’est pas par manque de ferveur, mais la piété de Jacinta est à son image : joyeuse, fantaisiste, elle préfère chanter des cantiques à la Sainte Vierge.

 

L’année 1916 les trouve ainsi, gardant le troupeau et s’amusant. Lucia, âgée de neuf ans, moins choyée que ses cousins, humble et obéissante, est aimable et gaie sous un abord sérieux. Francisco a huit ans. Grand, robuste, il fait preuve d’un naturel pacifique et conciliant, obéissant, cédant sans résistance : Tu crois avoir gagné ? Très bien, cela ne me fait rien, à moi. Il est pourtant courageux, hardi, courant après les lézards ou les serpents. Il a horreur du péché. Discret, méditatif, il aime rester assis sur un rocher, à jouer de la flûte qu’il a taillée dans un roseau.

 

Jacinta ne ressemble à son frère que par les traits du visage et la pratique de la vertu. Capricieuse et vive, elle se fâche volontiers et rien ne peut la tirer de sa bouderie, sinon l’accession à ses désirs. Sensible, pour un rien elle explose de joie ou fond en larmes. Elle est pourtant aimable et attirante, douce et tendre. Elle aime ses brebis, prend les agneaux dans ses bras. Un jour, elle en porte un sur ses épaules pour faire comme Jésus sur une image du Bon Berger qu’on lui a montrée. Elle aime danser et le moindre son de flûte ou d’accordéon la fait virevolter.

 

Un jour de printemps de cette année 1916 – Lucia précise qu’à cette époque, comme ses cousins, elle ne savait encore compter ni les années, ni les mois, ni même les jours de la semaine – tandis qu’ils jouent aux osselets avec de petits cailloux dans le trou du Cabeço, les trois bergers voient une lumière, plus blanche que la neige, avec une silhouette humaine brillante comme un bloc de cristal traversé par les rayons du soleil, un adolescent de 14 ou 15 ans, d’une beauté surhumaine. L’Ange leur enseigne une prière. Une atmosphère de surnaturel les entoure alors, et ils ne peuvent plus ni parler, ni chanter, ni jouer. Dès lors, les enfants commencent à interrompre leurs jeux pour réciter, prosternés, la prière de l’Ange. Pas assez, sans doute, au goût du messager céleste qui leur apparaît à nouveau, au plus chaud de l’été, tandis qu’ils jouent chez Lucia, près du puits. Que faites-vous là ? Priez, priez beaucoup ! Pour la première fois, ils entendent parler de sacrifices à faire en actes de réparation pour les péchés du monde : De toutes choses, vous pouvez faire des sacrifices. Acceptez et supportez avec soumission les souffrances que le Seigneur voudra vous envoyer. Francisco, qui a vu sans entendre, se fait répéter et expliquer les paroles célestes.

 

Ils se mettent à offrir à Dieu leurs contrariétés, leurs mortifications, mais sans rechercher les pénitences. En automne 1916, l’Ange leur apparaît pour la troisième fois. Il tient un calice et une hostie d’où coulent des gouttes de sang qui tombent dans le calice. Il leur enseigne une nouvelle prière pour la conversion des pécheurs. Puis il donne l’hostie à Lucia, qui communie déjà, et partage le contenu du calice entre Jacinta et Francisco.

 

Les enfants sont à nouveau plongés dans un état second et ce n’est qu’après plusieurs jours que Francisco s’enquière de la signification du geste de l’Ange : À moi et à Jacinta, qu’est-ce qu’il a donné ? – C’était aussi la sainte Communion, réplique Jacinta avec un grand bonheur.

 

Une femme revêtue de soleil

 

Par leur bonne volonté et leur obéissance, les enfants sont ainsi préparés à la visite de leur Mère du Ciel, qui a lieu le 13 mai 1917. Il est midi à la Cova da Iria, vaste cuvette ombragée de chênes verts, quand un grand éclair traverse le ciel d’un bleu limpide. Partons, ordonne Lucia par crainte de l’orage. Ils rassemblent les brebis, quand un second éclair les fait se retourner : sur un petit chêne se tient une belle dame, toute lumineuse, vêtue d’une longue robe blanche serrée par un cordon doré, couverte d’un long voile blanc bordé d’or, les pieds nus reposant sur un nuage d’hermine au faîte de l’arbuste, le visage très pur auréolé de soleil, voilé d’une ombre de tristesse malgré la douceur du sourire. Elle semble avoir 18 ans, les mains sont jointes, un chapelet pend à la main droite et d’une voix maternelle et caressante, elle leur dit : N’ayez crainte, je ne vous ferai pas de mal. Comme avec l’Ange, Lucia parle, Jacinta entend, Francisco voit. Le dialogue s’engage avec Lucia.

 

Six fois, ils auront cet honneur que la Sainte Vierge vienne s’entretenir avec eux :

Le 13 mai 1917, elle promet à Jacinta et Lucie qu’elles iront au Ciel, ainsi que Francisco, mais il devra réciter beaucoup de chapelets. Comme à Bernadette, elle ne leur promet pas la joie en ce monde : Vous aurez alors beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre réconfort.

Le 13 juin 1917, elle annonce à Jacinta et Francisco leur mort prochaine : Je les emmènerai bientôt au Ciel.

Le 13 juillet, Marie insiste à nouveau sur la récitation du chapelet pour la paix du monde ; elle leur fait voir l’enfer, vision d’épouvante. Puis elle leur recommande de dire au cours du chapelet, après chaque mystère : Ô mon Jésus, pardonnez-nous, préservez-nous du feu de l’enfer et conduisez au Paradis toutes les âmes, surtout celles qui en ont le plus besoin.

Le 19 août, elle rappelle la valeur des sacrifices offerts pour les pécheurs : Beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles.

Le 13 septembre, à propos d’une corde qu’ils portaient autour de la taille par mortification, elle leur interdit avec une sollicitude maternelle de dormir avec : Portez-la seulement le jour.

Le 13 octobre 1917, devant plus de 50 000 personnes, a lieu le miracle attendu, le signe du soleil : la pluie cesse et le soleil se met trois fois à tourner dans le ciel durant une dizaine de minutes puis semble tomber sur l’assistance. Les enfants, eux, voient la Vierge dans le soleil, avec saint Joseph et l’Enfant Jésus qui bénissent le monde par des gestes en forme de croix.

Le temps de la purification

 

Les enfants connaissent alors les grandes épreuves annoncées par la Sainte Vierge. Lucia est battue, ils sont menacés, emprisonnés, insultés, tournés en dérision. Une souffrance aussi grande pour leur timidité naturelle est la curiosité de plus en plus vive qu’ils suscitent. Le plus souvent, ils fuient les visiteurs qui les recherchent, allant un jour jusqu’à se percher dans un arbre. Quand ils ne peuvent s’échapper, ils opposent un silence poli au feu croisé des questions.

 

Comme l’or éprouvé au feu, ainsi est purifiée leur âme. Francisco, qui préférait le soleil, lampe de Jésus, est embrasé par le désir d’aimer Jésus, si offensé : Ça fait de la peine qu’il soit si triste ! Si je pouvais seulement le consoler ! Lui autrefois conciliant jusqu’à la faiblesse est devenu intraitable pour ce qui concerne la Dame : il reprend un détenu qui a gardé son béret sur la tête lors du chapelet dans la prison, il se fâche contre Lucia qui manifeste l’intention de danser au carnaval, refuse de bénir des objets pieux : Ce sont les prêtres qui bénissent. S’il prie beaucoup avec Lucia et Jacinta, il aime surtout prier seul et elles le trouvent souvent derrière un petit mur, un arbuste ou un buisson où il se trouvait à genoux, en prière. Il est si sensible que la vue des misères du monde le fait fuir : Si ce sont des malades, je n’y vais pas, ils me font trop de peine !

 

Jacinta, qui préférait admirer la lumière plus douce de la lune, la lampe de Notre-Dame, a partagé et vécu la souffrance de la Dame au sourire triste en s’offrant en victime pour les pécheurs, priant tout spécialement pour le Saint-Père (cf encadré). Une méchante femme qui insulte les fillettes et va jusqu’à les battre est touchée un jour par la ferveur de Jacinta. Se croyant seule, la fillette lève ses mains jointes et ses yeux vers le Ciel ; derrière sa fenêtre, la femme surprend le geste et raconte, impressionnée, n’avoir plus eu besoin d’autres preuves pour croire aux apparitions.

 

Rien n’est trop difficile pour ces cœurs généreux : jeûner, se priver de boire aux heures les plus chaudes, se flageller avec des orties… Et surtout, tout offrir à Dieu et prier, prier beaucoup. Au Ciel seulement, nous saurons combien d’âmes ont été sauvées par les sacrifices de ces cœurs purs.

Le grain de blé tombé en terre

 

C’est dans la maladie qu’ils vont montrer leur force d’âme et leur courage. Ils tombent malades presque en même temps, en octobre 1918. Francisco souffre beaucoup, mais pas une plainte ne lui échappe. Sachant sa fin proche, au lieu d’aller à l’école avec Lucia, il reste à l’église où il passe de longues heures devant Jésus caché. La veille de sa mort, Lucia le trouve rayonnant de joie : il s’est confessé et a reçu Jésus. Il ne souffre plus. Le 4 avril 1919, il demande pardon à tous ceux qu’il aime. Vers 22 heures, il désigne à sa mère la porte de la chambre : Regarde, Maman, cette belle lumière ! Et il s’envole, un sourire aux lèvres, vers la si belle Dame qui lui avait promis de l’emmener au Ciel s’il récitait beaucoup de chapelets.

 

Jacinta, souffrant de la poitrine, ressent cruellement cette séparation, mais elle est devenue si patiente, si forte, si héroïque qu’elle envisage d’un cœur déchiré mais serein son court avenir : elle sait, par une visite de la Sainte Vierge, qu’elle partira à Lisbonne pour y mourir toute seule, elle qui pleurait tant, en prison, d’être séparée de sa mère ! Souffrant d’une pleurésie purulente, elle quitte sa famille en Janvier 1920 et est opérée le 10 février. L’opération est un succès. Pourtant, une complication s’en mêle et la fillette meurt au soir du 20 février. Très belle, toute rose, elle exhale durant trois jours un parfum mystérieux, comme celui d’un bouquet composé des fleurs les plus variées.

 

Les deux enfants ont été béatifiés, ensemble, à Fatima le 13 mai 2000 par Jean-Paul II en présence de Sœur Lucia, toujours vivante. Leur vie pauvre et joyeuse, transfigurée par la visite de la Sainte Vierge, est le plus beau témoignage de la promesse de Marie : À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera.

 

Jésus caché

 

La grande sœur de Lucia, Marie, qui était zélatrice du Sacré-Cœur, conduisait souvent Lucia aux processions du Saint-Sacrement. Un jour, Jacinta voulut les accompagner. Marie la vêtit, comme Lucia, en petit ange, d’un vêtement doté d’ailes dans le dos, et lui tendit un panier de pétales de fleurs en lui recommandant de les lancer, à son signal, sur le passage de Jésus.

 

Aux endroits voulus, les petits anges jettent gracieusement leurs pétales, sauf Jacinta qui ne quitte pas l’ostensoir des yeux.

 

Après la cérémonie, Marie interroge la petite :

– Pourquoi n’as-tu pas lancé de fleurs à Jésus ?

– Je ne l’ai pas vu !

Elle se tourne vers Lucia :

– Tu l’as vu, toi, le petit Jésus ?

Lucia s’étonne :

– Tu ne sais donc pas que l’Enfant-Jésus de l’Hostie ne se voit pas, qu’il se cache et que comme cela, nous pouvons le recevoir dans la communion ?

 

Jacinta, tout comme Francisco, l’ignorait ; découvrant avec ferveur le mystère de l’Eucharistie, elle se mit à brûler du désir de recevoir Jésus caché.

 

« Pauvre Saint-Père ! »

 

Deux prêtres recommandèrent aux enfants de prier pour le Pape. Ils ne le connaissaient pas et se firent expliquer qui il était. Depuis ce jour, ils n’offrirent plus à Dieu aucune prière sans lui adresser une supplication pour Sa Sainteté. Mais c’est surtout Jacinta qui eut à cœur de porter avec ferveur le ministère du successeur de Pierre. Naïvement, elle s’étonnait qu’il n’ait pas encore entrepris le voyage : Beaucoup de personnes viennent ici, mais jamais le Saint-Père !

 

Ce dévouement fut récompensé par la vision qu’eut Jacinta du pape Pie XII dans une très grande maison, agenouillé devant une table, la tête dans les mains et pleurant. Dehors, des gens le maudissent et lui jettent des pierres. Pauvre Saint-Père, nous devons beaucoup prier pour lui !

 

L’intercession de Jacinta ne s’est pas achevée avec sa mort puisque le pape Jean-Paul II a pu en témoigner : J’exprime ma reconnaissance à Jacinta pour les sacrifices et les prières qu’elle a faits pour le Saint-Père qu’elle avait vu tant souffrir.

 

« J’étais en prison… »

 

Le 13 août, les enfants sont arrêtés par l’Administration du canton et conduits en prison, enfermés avec des condamnés de droit commun. Ni menaces ni promesses ne parviennent à leur arracher leur secret. Ils sont convaincus qu’ils vont mourir et Jacinta sanglote de ne pas avoir embrassé sa mère une dernière fois. Mais même au cœur de l’angoisse, ils restent fidèles et un détenu aide Jacinta à accrocher sa médaille sur le mur de la cellule. Les enfants récitent le chapelet et ceux qui le savent prient avec eux, mais tous sont à genoux.

 

Après la prière, Jacinta se remet à pleurer. Un prisonnier, ému, sort son accordéon et joue pour la distraire. La fillette se met à danser ; sans doute les murs de la prison n’ont-ils jamais vu pareil spectacle : le détenu qui danse avec Jacinta, la trouvant si petite, finit par tournoyer en la tenant dans ses bras !

 

Citations

 

Oui, j’irai au Ciel, mais je voudrais que tous ces gens y aillent aussi !

Jacinta

 

Dans leur générosité enfantine, Francisco et Jacinta sont véritablement missionnaires car tout ce qu’ils ont fait avait pour but de sauver les âmes, toutes les âmes.

P. Noël Quesson

 

Chers enfants, la Vierge a besoin de vous tous pour consoler Jésus.

Jean-Paul II

 

Pour en savoir plus :

Lucie raconte Fatima, DDB, 1976.

Il était trois petits enfants, C. Barthas, Ed. Résiac, 1973.

 

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