Faustino Pérez-Manglano (1946-1963) – « Il était tout sourire »

Plus de quarante ans se sont écoulés depuis la mort du jeune espagnol Faustino. Sa mémoire reste pourtant si vivante et si actuelle que nous souhaitons le proposer en modèle aux jeunes d’aujourd’hui. Passionné de football, de cinéma, de lecture, il a vécu intensément la grâce de son baptême : « dire oui à tout ce qui est bien. » Il a disposé d’à peine dix-sept ans, mais a vécu généreusement, sourire aux lèvres, avec un cœur d’apôtre : « Que ceux qui me voient, voient en moi le Christ. »

Paru dans la revue FEU ET LUMIERE d’Avril 2005

J’ai parlé dix minutes avec le Christ, aussi bien du match nul Saragosse-Valence que des Missions… Le garçon de 14 ans qui écrit ces lignes tient son journal depuis un mois. Durant deux ans et demi s’y mêleront les résultats sportifs, les piqûres reçues, son amour pour la Vierge Marie, les camps d’adolescents dans la montagne, sa vocation de marianiste et de missionnaire ; à travers ces lignes de souffrance, d’enthousiasme et de foi, nous voyons son âme s’élever à pas de géant : Je dois devenir un saint. Par ma vie, je dois donner témoignage au Christ.

Une vie d’étoile filante

Cette courte vie commence à Valence le 4 août 1946, dans un contexte de tensions internationales où l’Espagne franquiste, après le double cauchemar de la guerre civile de 1936-1939 et du conflit mondial de 1939-1945, aspire à une paix qui n’arrive pas. Mais pour le jeune couple Faustino, gynécologue, et Encarna, ces soucis font place à la plus grande joie : la naissance de leur premier enfant, un garçon appelé Faustino comme son père. Naîtront ensuite Maria Encarna en 1948, Eugénia en 1950 et Joaquin en 1956.

Faustino est un garçon vif, serviable, attachant. En octobre 1952, il entre à six ans au collège Notre-Dame del Pilar tenu par les Marianistes. Ses notes sont bonnes sans être excellentes, mais il obtient le premier prix d’application. L’été, retrouvant cousins et cousines réunis chez les grands-parents, Faustino déborde de joie de vivre et ce ne sont que jeux, excursions, escalades, chasses au trésor : Faustino était l’un des premiers à participer. Faustino grandit dans cet entourage sain, dans cette école qu’il aime. Un professeur note quand il a douze ans : C’est très bien, mais il ne faut pas en rester là. Il faut mûrir physiquement et spirituellement.

Ce déclic se produira le 22 octobre 1960 : au cours de la retraite annuelle du collège, son directeur spirituel l’interroge : Que veux-tu faire plus tard ? Il propose des pistes : ingénieur, architecte… prêtre ? Faustino ne sait pas, mais la question l’a frappé. Le soir même, il écrit dans le journal qu’il tient depuis septembre 1960 : Et si Dieu me parlait ! Le lendemain, il note : Je ne peux plus contenir ma joie. En l’espace d’une nuit, il a choisi sa voie : il veut être marianiste.

Deux mois plus tard, il tombe malade, souffrant de douleurs lombaires, de ganglions et de fièvre. On diagnostique une forme très rare de leucémie : la maladie de Hodgkin, incurable à cette époque. Commence alors un chemin de croix qui durera deux ans et demi : piqûres, radiothérapie, chimiothérapie, douleurs incessantes lui laisseront peu de répit. Finies les disputes avec ses sœurs, les jours de larmes où le moral est au plus bas ; Faustino accueille tout sans révolte, le sourire aux lèvres : Je suis très heureux. Je veux souffrir pour le Christ, qui a tant souffert pour moi.

Le 3 mars 1963, à 16 ans, il s’éteint dans les bras de sa mère. Sa mission peut alors commencer et cela dépend de nous, dans la mesure où nous confierons nos enfants et les jeunes que nous côtoyons à sa lumineuse intercession.

« Un héros, une idole »

Le chef de la joyeuse bande estivale des cousins était Augusto. Devenu trop grand pour ces jeux enfantins, Faustino lui succède : Nous l’avions toujours considéré comme un garçon très bien élevé et sérieux. En un mot, magnifique. Grâce à lui, nous avons renforcé notre union. Faustino était un héros, une idole. Il n’impose jamais rien, mais tous lui obéissent : Ils le respectaient sans même s’en apercevoir, raconte une tante.

Au collège, ses camarades l’apprécient : C’était un gars formidable. Il essayait toujours de rendre service, sans être pour autant la bonne poire, comme on dit. Il avait une générosité hors du commun. Cela lui semble si naturel qu’il s’étonne : Maman, pourquoi est-ce que tout le monde m’aime tellement ? Il ne se fâche que lorsqu’il entend des médisances : Il s’énervait et il disait : « Je vous en prie, ne soyez pas tout le temps à critiquer ! » Malgré la maladie, tant qu’il le peut, il continue à travailler : Quand j’ai appris qu’on devait même l’habiller et qu’il étudiait au lit, j’ai été bouleversé. J’ai réalisé combien il devait avoir mal. Il n’a jamais dit : « Aujourd’hui, j’ai mal. » Je ne m’en suis même pas aperçu.

Il participe à son dernier camp l’été 1962. Un accompagnateur témoigne : Le dernier souvenir que je garde de Faustino est celui d’un garçon toujours souriant et tranquille, malgré sa faiblesse physique. Avec quelle simplicité il acceptait d’être obligé de redescendre sans même avoir pu apercevoir le sommet qu’il avait tant rêvé d’atteindre. Le garçon qui partage sa tente ne lui voit aucun défaut : Il ne se fâchait jamais et il était toujours prêt à se dévouer, du moins à se contenter du moins bon, pourvu que les autres soient à leur aise.

« Je voudrais être marianiste et professeur de chimie »

Le Père [Salaverri] m’a dit que c’est peut-être ma persévérance à réciter le chapelet depuis mon jeune âge qui a fait que la Vierge me récompense avec la vocation religieuse. Depuis le 22 octobre 1960, Faustino voit clairement son avenir : Je veux me consacrer à Dieu. Plus il prie, plus son désir se précise : Dieu augmente chaque jour ma vocation religieuse. En novembre 1960 : Je voudrais être marianiste et professeur de chimie. En octobre 1961 : Tu sais bien, Mère chérie, que j’aimerais être ordonné prêtre, afin de pouvoir prendre dans mes mains le corps et le sang de ton Fils. En novembre 1961 : Peut-être Dieu veut que je parte comme missionnaire. En juin 1962 : J’aimerais partir en Amérique du Sud où il manque tant de bras pour sauver les âmes.

Missionnaire, il le sera par son rayonnement : Il se souciait beaucoup des gens de condition modeste. Il demandait des nouvelles de leur famille et s’intéressait aux faits et gestes de chacun. Alité, il continue à recevoir des visites : Il accueillait toujours les gens avec un beau sourire sur les lèvres et cachait ses souffrances. Il nous faisait oublier l’inévitable.

« Ni drame ni tragédie »

Sa sœur Maria Encarna avait 14 ans à la mort de Faustino : Ce qui me frappe le plus, c’est la paix et la tranquillité dans lesquelles se sont écoulées ces années qui auraient pu être tragiques. La vie familiale s’est déroulée tout à fait normalement. Il n’y a jamais eu nervosité ni tragédie. Faustino rendait tout facile, commode et simple. Dans les jours qui ont suivi sa mort, il n’y a pas eu de drame. Mes parents nous témoignèrent même plus d’affection, comme si quelque chose de merveilleux leur était arrivé.

Eugenia, elle, avait 12 ans : Il était toujours affectueux et aimable, il s’intéressait à mes petits problèmes. Il me semble le revoir, prodiguant à mes parents et spécialement à ma mère amour, consolation et réconfort. Il n’a jamais perdu son sourire.

Le petit Joaquin, à six ans, ne réalise pas ce qui arrive. Quand il se précipite, dès son retour de l’école, au chevet de son frère, il saute sans précautions sur le lit où Faustino souffre terriblement du dos. En restant toujours calme et souriant, Faustino lui fait remarquer gentiment et pour ne pas se plaindre : Fais attention, Joaquin, ne te lance pas trop fort, le lit est en verre, il peut se casser.

« Souffrir pour les besoins du monde »

Faustino commence son journal le 14 septembre 1960 par ces mots : Je me suis réveillé avec cette fameuse douleur. Les lombaires sont déjà atteintes par le mal. Le docteur Vilar va s’occuper de lui à partir de novembre 1960 : Faustino était un enfant réservé, sérieux, sincère et courageux. Je ne l’ai jamais entendu se plaindre. J’ai été pris d’affection pour lui. Les douleurs sont intermittentes mais intenses, le traitement l’épuise. Mais quand on le plaint, il répond : C’est une question d’habitude.

Son aspect physique est atteint : à l’amaigrissement provoqué par la maladie succède un gonflement dû au traitement. Il perd ses cheveux. Quand une amélioration lui permet de retourner au collège, sa mère s’inquiète : Cela ne te gêne pas qu’on te voit ainsi ? – Pourquoi cela me gênerait-il ? Il n’y a rien de mauvais. Si l’on perd ses cheveux, qu’est-ce qu’on peut y faire ? Ils repousseront comme ils sont tombés. Le regard des autres compte souvent à cet âge, mais lui n’attachait pas d’importance à l’opinion d’autrui.

Le 4 février 1962, le père Salaverri lui annonce sa mort prochaine. Je suis bien préparé, n’est-ce pas ? C’est la pensée de ses parents qui le fait pleurer : Quel grand chagrin ils vont éprouver ! Jour après jour, il offre ses souffrances : Je les accueille si volontiers que j’y trouve mon bonheur. Son père spirituel lui demande s’il essaie d’être saint : Vous me voyez, là, dans mon lit. Je pense que c’est un bon moyen, non ? Il médite la Passion : Jésus ne pense qu’à nous. Comment ne pas lui rendre un peu de cet amour si grand ? Comme il l’a fait pour toutes choses, il souffre dans les mains de Marie : Donne-moi la force d’offrir ces petites souffrances pour les besoins du monde.

« La mort d’un véritable saint »

Sans priver ses trois enfants de son amour, Encarna veille sur son fils : Maman est pour moi comme ma vie ; je ne sais pas ce que je ferais sans elle. Avec Marie, elle est la femme forte au pied de la Croix : Maman, je vais mourir. – Du courage, Faustino. – Oui, maman, mais c’est si dur. Elle lui tend sa médaille de la Vierge : Embrasse-la, Faustino.

En janvier 1963, il écrivait : Je veux être toujours intiment uni à Marie. Elle m’aidera à bien mourir et j’aurai la mort d’un véritable saint. Vienne la mort quand et où Dieu le voudra, dans le temps, le lieu et la forme qui me seront les plus profitables.

Le 3 mars 1963 au soir, sa mère est encore là : Va te coucher, maman, tu as besoin de te reposer. Il lui demande de l’aider à se redresser. Alors qu’elle le prend dans ses bras, il retombe sans un cri, fauché par une embolie, abandonné comme le Christ descendu de la Croix. Il n’avait pas 17 ans et il croyait en cette parole du Père Chaminade, fondateur des Marianistes : « La mort du marianiste est une mort dans les bras de Marie. Elle est la Porte du Ciel. »

Portraits de Faustino

 

« Maigrelet, mais sérieux, travailleur, respectueux et affable, Faustino a une bonne mémoire et une attention souple et continue. Il joint à cela un travail plein d’enthousiasme et fait avec joie. Ami de la paix, sans bruit et sans tapage, son âme est limpide, ouverte aux sentiments les plus généreux.» (Un professeur)

« On était frappé de son visage gai et souriant. De lui émanait une grande bonté. Il portait en lui le bonheur et le reflétait sur son visage. Il respirait la paix. » (Des amis)

« Tout lui faisait plaisir. Il aimait jouer au football, faire du camping, nager en mer, sortir en groupe, voir un film. Il se proposa de tenter l’aventure de la sainteté. Personne ne s’aperçut de rien. Il continuait à aimer le football, la mer, les camps, les romans, le cinéma et les amis. Pour atteindre le sommet, il lui restait à peine deux ans et demi. Il a eu son martyre et il a su l’accepter. Suivant toute vraisemblance, il est arrivé très haut. » (Son père spirituel, P. José-Maria Salaverri)

Prière pour demander des grâces par l’intercession de Faustino

 

Seigneur Jésus,

Tu nous donnes en Faustino

Un exemple d’accueil généreux de ton amour.

Si c’est ta volonté qu’il soit glorifié dans ton Église,

Daigne le manifester en nous accordant

La grâce que nous sollicitons par son intercession :

(Préciser la grâce demandée…)

Nous te le demandons par Marie, ta Mère,

Que Faustino a tant aimée sur la terre.

Amen.

Notre PèreJe vous salue MarieGloire au Père

Pour tout renseignement et témoignage :

Marianistes

44 rue de la Santé

75014 Paris

Paroles de Faustino

Marie, prie ton Fils qu’il me donne ces forces qui me manquent.

Christ, aide-moi pour que cet été [période de relâchement] ne soit pas un recul, mais une marche en avant dans ton amour.

Ma vocation : être un religieux au service des hommes par amour du Christ.

Toujours à ton service pour aider mon prochain qui souffre, aide-moi, Mère chérie, à être chaque jour meilleur.

C’est merveilleux de penser que je serai toute ma vie au service de Jésus et de Marie.

La sainteté est bien difficile. Mais nous essayerons et, qui sait, peut-être nous y parviendrons.

Lorsque je parle avec maman seul à seule, j’ai l’impression que le Christ est là, avec nous.

(On lui demande s’il a mal)

En ce moment même, il y en a tant qui souffrent plus que moi !

Marie, aide-moi à devenir un autre Christ.

Pour en savoir plus :

Lire Et si Dieu me parlait, José-Maria Salaverri, Jubilé 1989.

Nombreuses photos et témoignages sur le site : http://marianistes.com

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