Audrey (1983-1991) – Carmélite et missionnaire à huit ans

Une petite fille de huit ans est morte de leucémie. Fait divers pathétique, scandale ou message d’espérance ? Par sa vie et par sa foi, Audrey a témoigné de sa confiance dans les dernières paroles de notre Credo : « Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. »

La messe s’achève. Liliane, enceinte de son quatrième enfant, rassemble les autres autour d’elle pour partir. Il manque Audrey, sa deuxième fille. Où est-elle donc passée ? Quand elle la découvre, assise dans un confessionnal, la fillette lève vers sa mère ses yeux d’un bleu intense : Maman, il y avait là une croix avec Jésus cloué dessus. Rien qu’à le regarder, tu l’aimes déjà. Audrey a trois ans, elle vient de rencontrer Jésus. Dans cinq ans, à l’agonie, épuisée par la chimiothérapie, usée par les insupportables douleurs dans les os, Audrey murmurera : Je voudrais que Jésus me tienne dans ses bras.

J’ai suivi Jésus

Les Buissonnets, 1986. Jérôme et Liliane visitent la maison d’enfance de Thérèse avec Aline, quatre ans, Audrey, trois ans et Henry qui a quelques mois. Dans la voiture, au retour, Audrey déclare avec conviction : Quand je serai grande, j’irai au Caramel !

Audrey, quatre ans, revient de l’école. Liliane remarque qu’elle boîte. « Qu’y a-t-il dans ta chaussure ? » Il faut qu’elle insiste pour que la fillette se déchausse et montre à sa mère… des crayons qu’elle a mis sous son pied. Maman, c’est comme ça que je résiste. Liliane est perplexe car si l’on prie en famille, elle n’a jamais parlé à ses enfants de vie mystique ou d’ascèse. Pourtant, il semble qu’Audrey soit enseignée mystérieusement sur ces choses.

Tout naturellement, Audrey partage ses bonbons, se passe de gâteau quand il n’y en a pas assez, choisit le morceau brûlé ou moins appétissant. Cela lui coûte, pourtant, elle aime tant les bonnes choses : Granny, je crois que je suis gourmande, dit-elle à sa grand-mère. Un jour, elle se perd au parc où l’a emmenée son grand-père et rentre seule à la maison : J’ai prié mon ange gardien et j’ai couru tout droit en suivant Jésus. Ses parents sont stupéfaits, un peu inquiets.

Elle a raison

En décembre 1986, une rencontre va changer la vie de la famille : Liliane et Jérôme font la connaissance des Légionnaires du Christ. Leur vie spirituelle en est renouvelée. Le père Pierre qui suit Liliane l’invite à prendre un temps de prière chaque matin ; celle-ci est découragée : cinq enfants à préparer pour l’école ! Comment trouver le temps de prier ? Audrey, qui ignore tout de cet entretien, lui propose soudain : Maman, j’ai pensé que je pouvais préparer le petit-déjeuner pour les petits, comme ça vous pourrez avoir un petit moment avec Jésus.

Des amis ou des proches s’étonnent parfois de l’ascendant, de cette sorte d’autorité morale et spirituelle qu’Audrey exerce sur la maisonnée : elle instaure la bénédiction des repas, des temps de prière, elle incite son père à cesser de fumer. Ils en parlent à Liliane et Jérôme : « C’est à vous d’éduquer cette enfant… Ce n’est pas elle qui doit vous prendre en charge ! » La réponse est toujours la même : « Le problème, c’est qu’elle a raison. » Ils se confient au père Pierre ; la ligne de conduite qu’il leur indique sera leur phare pour ce qui les attend : « Ne faites rien, suivez-la ! »

Me voici sur la Croix

8 août 1990. Le téléphone sonne. Liliane appelle Jérôme : « C’est bien ce que je craignais. Une leucémie. » Depuis quelques jours, ils sont inquiets, ayant remarqué qu’Audrey, pâle et fatiguée, ne joue pas comme d’habitude, reste assise et souffre de douleurs dans les os. Hospitalisée, elle reçoit la visite d’un prêtre qui perçoit en elle une lutte spirituelle : « Audrey, tu es engagée dans un combat, tu dois te battre. Tu as trois ennemis : ton corps, ta raison et ton esprit, mais tu dois gagner. » Audrey a compris. Elle décide d’offrir ses souffrances pour les vocations et surtout pour les prêtres.

Audrey reste calme et paisible, ne pose aucune question, ne s’inquiète pas de savoir où en est sa maladie, si elle rentrera vite à la maison ; elle s’intéresse aux autres enfants malades de l’hôpital. En novembre, elle perd ses cheveux ; elle vit cette épreuve comme une Carmélite à qui on coupe les cheveux quand elle entre au couvent. Éprouvée par la chimiothérapie, Audrey garde pourtant une grande force intérieure. Elle fait du travail scolaire avec sa grand-mère pour garder le niveau, étudie la peinture et le tricot avec les Dames Roses de l’hôpital. Quand elle va trop mal et ne peut plus bouger, on l’entend murmurer : Me voici sur la Croix…

Noël 1990. Audrey, de son lit d’hôpital, donne des idées à sa mère pour les cadeaux de chacun. Puis elle dit à Liliane : Maman, vous irez dans ma chambre. Vous ouvrirez mon tiroir et vous trouverez mes cadeaux pour Noël. En effet, à la maison, Liliane trouve des paquets bien emballés pour toute la famille. Audrey les a préparés lors d’un séjour à la maison, en octobre. Délicatesse d’une petite fille de sept ans !

Anniversaire dans une bulle

Sa seule chance de survie est de subir une greffe de moelle. Elle entre donc en chambre stérile le 1er mars 1992. Elle communique avec un micro. Elle doit y rester six semaines, six semaines sans pouvoir toucher sa mère ni personne. Le 8 mars, elle reçoit la moelle de son frère Henry et s’inquiète pour lui : Est-ce qu’il a eu mal ? Il doit avoir très peur, tout seul. Le 18 mars, elle fête ses huit ans dans sa « bulle ». Les jouets, soigneusement stérilisés, sont glissés dans la chambre stérile tandis que les membres de la famille restent derrière une vitre.

Le 15 avril, elle retrouve avec joie sa chambre habituelle. Pourtant, elle reste très faible, tout l’épuise et Liliane s’inquiète. Audrey fait de gros efforts et prend exemple sur Thérèse : Maman, nous allons marcher pour un séminariste. Le 12 mai, alors qu’elle devrait rentrer chez elle, l’examen de sortie révèle le pire : la greffe a échoué, il ne lui reste que quelques semaines à vivre. Jérôme et Liliane décident alors qu’Audrey va quitter l’hôpital. De cette échéance fatale, ils vont faire des jours de joie et de ferveur.

Trois minutes avec Jean-Paul II

Liliane téléphone aux proches, à la famille, aux amis : « Les médecins n’ont plus d’espoir. Demain, nous allons à Lourdes. Pouvez-vous venir avec nous ? Venez aussi nombreux que possible. » C’est une folie ! La fillette n’a plus de défenses immunitaires, elle a besoin d’une transfusion tous les trois jours, de médicaments, d’une nourriture stérilisée. Liliane prépare tout cela avec l’aide de l’hôpital. Puis, après Lourdes : « Maintenant, nous allons à Rome ! » Ils peuvent assister à la messe privée de Jean-Paul II. Puis, un long moment, elle lui parle à l’oreille et le Pape lui répond.

La famille passe juillet à la campagne. En août, l’état d’Audrey s’aggrave : retour à Paris. Le 19 août, elle entre dans un semi-coma. Le 20, elle murmure à Liliane : Merci, maman. Ce sont ses derniers mots. Elle s’éteint le 22 août, fête de Marie Reine, veillée par toute la famille. Depuis ce jour, on ne compte plus les témoignages de vocations qui ont été sauvées par son intercession.

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Pour en savoir plus :

Lire Audrey, Elle courut plus vite que nous, de Gloria Conde, EDB 2006.

Voir le témoignage de Liliane et Jérôme sur KTO :

http://www.ktotv.com/video_data.php3?numero=1723

Retrouvez les articles d’Odile Haumonté sur son site : http://odilehaumonte.ouvaton.org

Encadré* 278 K*

Repères biographiques

18 mars 1983 : naissance d’Audrey à Paris

15 août 1988 : première communion à Lourdes

8 août 1990 : diagnostic de la leucémie

8 mars 1991 : greffe de moelle

Mai 1991 : voyage à Lourdes puis à Rome

1er juin 1991 : confirmation d’Audrey

22 août 1991 : mort d’Audrey

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Qu’a-t-elle à nous dire aujourd’hui ?

Vivre un jour à la fois. Audrey nous rappelle avec Thérèse l’importance de l’instant présent : « Ô mon Dieu, pour t’aimer sur la terre, je n’ai rien qu’aujourd’hui. »

Qu’est-ce qui nous touche en elle ?

Son caractère bien trempé et une recherche un peu raide de la sainteté se sont laissés assouplir par le passage de l’Esprit ; grandissant en sainteté, Audrey est devenue aussi de plus en plus douce et compatissante.

Que retenir de sa vie ?

Mère Teresa lui écrivit de Calcutta : « Garde en toi la joie d’être aimée de Jésus qui brûle dans ton cœur et partage cette joie avec tous ceux qui t’entourent. »

Encarts au choix*

« Quand quelqu’un a reçu le sacrement de confirmation, il sait distinguer le bien du mal. »

Audrey

« Nous allons faire comme les oiseaux dans le ciel. Vivre un jour à la fois. »

Audrey

« Maman, je sais pourquoi Dieu m’a envoyé cette maladie. Je crois qu’il veut que je me souvienne que je dois être une bonne Carmélite. »

Audrey

« Dans ma classe, il y a un garçon qui ne dit jamais de gros mots. Il sera mon seul ami. »

Audrey à quatre ans

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