Le Chemin d’Hélène (4/4) – La couronne rouge

Résumé : Hélène de Chappotin, devenue Mère Marie de la Passion, a fondé un ordre religieux : les Franciscaines Missionnaires de Marie. Parmi les nombreuses sœurs qui ont entendu l’appel de Dieu dans leur cœur et ont rejoint Mère Marie de la Passion, sept petites filles veulent devenir religieuses et missionnaires ; elles vont partir en Chine pour y annoncer l’Évangile au prix de leur vie.Nos amies doivent passer quelques mois dans une école de vie religieuse appelée le noviciat pour apprendre à prier, à obéir avec joie et de bon cœur. À cette époque, il y a 38 noviciats dans le monde et les sœurs vont entrer dans l’un ou l’autre : Mère Marie-Hermine de Beaune et les deux Bretonnes, Sœur Marie de Saint-Just et Sœur Marie de Sainte-Nathalie, entrent aux Châtelets près de Saint-Brieuc, ainsi que les Italiennes Mère Maria-Chiara et Mère Marie de la Paix, car le noviciat de Rome n’existe pas encore. Sœur Marie-Adolphine la Hollandaise et Sœur Marie-Amandine la Belge entrent au noviciat d’Anvers, en Belgique.

Elles sont maintenant vêtues de la robe blanche des missionnaires. Sur leur anneau est gravé leur programme de vie : Servante de Jésus, Marie, Joseph. Elles ne savent pas où elles vont être envoyées, mais quelque part, des pauvres et des orphelins les attendent pour qu’elles les soulagent et leur montrent le chemin du Ciel. Elles travaillent et prient en attendant que sonne l’heure de Dieu.

Premier mai 1898. Turin est en fête. Dans le secteur des missions, les visiteurs s’étonnent devant de vrais Peaux-Rouges groupés autour des Pères Oblats de Marie. Les Franciscaines Missionnaires de Marie sont installées avec des petites Indiennes vêtues de couleurs vives, qui pilent le riz et dansent, sous un toit de feuilles de palmier. Mère Marie de la Passion, la fondatrice, est là aussi. Plus loin, le pavillon rouge et or de la Chine attire les regards ; les petits enfants qui entourent Mgr Fogolla, vicaire de Mgr Grassi, l’évêque de la province du Chansi, ont beaucoup de succès.

Mgr Fogolla rencontre Mère Marie de la Passion et lui fait une demande : qu’elle ouvre une maison dans le Chansi. Mère Marie de la Passion est d’accord et choisit Mère Marie-Hermine – la petite Irma que sa belle-mère appelait « bonne à rien » ! – comme Supérieure. Quand celle-ci rencontre Mgr Fogolla, il ne lui cache pas les difficultés :

– Vous connaîtrez des souffrances, lui dit-il. Dans ce pays, on manque de bien des choses. Et il faut se faire aux habitudes du pays.

Mère Marie-Hermine lui répond que les sœurs sont préparées à cela depuis le noviciat. Dieu qui donne la vocation donne aussi la force de l’accomplir. Mgr Fogolla remercie Mère Marie de la Passion :

– Vous nous donnez une sainte comme Supérieure du Chansi.

Mère Marie de la Passion constitue l’équipe qui partira en Chine. Mère Maria-Chiara en rêve depuis que son frère, prêtre dans cette région du Chansi, priait pour que la vocation de la petite Clélia résiste aux pressions de sa famille. Elle est désignée la première. Mère Marie de la Paix, la fille adoptive de « Maman Passion », pleure de joie en apprenant qu’elle est choisie. Sr Marie de Saint-Just vient de perdre sa mère ; celle qui disait à Anne-Françoise : « Que ferais-je sans toi ? » veille maintenant sur sa fille depuis le Ciel. L’autre Bretonne, Sr Marie de Sainte-Nathalie, est choisie à son tour ; la joyeuse Jeanne-Marie qui aimait tant à rendre service écrit à sa famille :

– « Je ne dors plus tellement je suis heureuse ! »

Sr Marie-Adolphine, en faisant la lessive, pense à celles qui vont partir, elle aimerait les accompagner, mais ne s’en juge pas digne. Mère Marie de la Passion connaît le cœur de la petite Catherine qui travaillait à l’usine, après l’école, pour aider sa famille d’accueil, elle la choisit donc. Sr Marie-Amandine s’occupe des malades à Marseille quand on vient la chercher ; la jeune Pauline qui croyait qu’il n’était pas si difficile d’être saint sait maintenant que la sainteté est un don de Dieu :

– Je compte sur Dieu !, dit-elle.

Tandis que le « Salazie » s’éloigne du port, le 12 mars 1899, quatorze Franciscaines Missionnaires de Marie regardent disparaître la côte française. Parmi elles, nos sept petites sœurs enfin réunies, accompagnées par Mgr Fogolla et un groupe de prêtres. Le voyage est long, pénible. Le 29 mars, à Ceylan, les sœurs rendent visite à hôpital des Franciscaines Missionnaires de Marie ; parmi elles se trouve Sr Marie-Honorine, la sœur de Marie-Amandine, cette petite Rosalie qui croyait que les saints étaient riches et savants. Quelles joyeuses retrouvailles, mais il faut vite retourner au bateau !

Le 12 avril, on arrive à Hong-Kong, terme du voyage en bateau. Les sœurs vont en chaloupe jusqu’à Shang-Haï. Enfin, elles foulent la terre chinoise ! C’est là que le groupe des voyageurs se sépare. Nos sept missionnaires sont seules à présent avec le groupe des Pères et s’enfoncent dans l’intérieur du pays, considérées avec curiosité : comme leur nez est long ! Et leurs pieds ! Et elles ne savent pas se servir de baguettes pour manger ? Le 4 mai 1899, les sœurs sont arrivées à Tai-Yuan-Fou, capitale du Chansi, pour y accomplir l’œuvre de Dieu.

Leur mission consiste à s’occuper d’un orphelinat : la maison Saint-Pascal. La famine règne dans la région et les orphelins ne cessent d’affluer : près de 500 ! Il n’y a qu’un peu de bouillie à leur donner, beaucoup d’enfants meurent. Les sœurs se donnent tellement de mal pour accueillir et consoler que bientôt, les gens se mettent à les aimer. Mais que d’épreuves les attendent : leurs affaires ne sont pas arrivées, elles doivent se débrouiller avec ce qu’elles ont, et c’est peu ! Sr Marie de Sainte-Nathalie tombe malade. Quand elle se rétablit, c’est Sr Marie-Amandine que l’on croit perdue et qui guérit par miracle. Toutes sont bien fatiguées.

Le 2 août, l’Hostie est exposée pour l’adoration et ses rayons d’amour s’étendent sur tout le pays. L’exposition du Saint-Sacrement a lieu chaque jour et les enfants viennent prier avec les missionnaires. Mais les choses se compliquent. Les anciennes directrices chinoises de l’orphelinat s’opposent aux sœurs. Les plus grands enfants refusent de travailler et flânent toute la journée. De plus, le dur hiver commence.

– C’est dans l’impossibilité qu’on fait l’œuvre de Dieu !, répète Mère Marie-Hermine.

Elle dit aussi :

– Il ne suffit pas de désirer le Ciel, il faut le gagner.

La fête de Noël vient mettre la joie dans ces difficultés et les sœurs doivent s’habituer à entendre les paroissiens manifester leur ferveur par des cris assourdissants ! L’année 1900 commence, marquée par la famine. Des nouvelles terribles arrivent de Pékin : des rebelles chinois occupent les routes. Au couvent Saint-Pascal, on prie pour les maisons-sœurs qui semblent en grand danger.

En avril, une loi invite les gens à se rendre au tribunal pour se plaindre des Chrétiens. En trois mois, on montre qu’ils sont responsables de la famine. En juin, l’évêché est incendié, c’est le début des persécutions. Mgr Grassi ordonne aux sœurs de fuir, déguisées en chinoises. Mère Marie-Hermine le supplie :

– Ne nous arrachez pas la palme que la miséricorde divine nous tend du haut du Ciel !

Le 28 juin, les soldats envahissent le couvent, emmenant les enfants qui résistent. À la préfecture, les petits orphelins crient d’une seule voix :

– Mourir, oui ! Renier notre foi, jamais !

En moins d’une année, les missionnaires ont semé dans la bonne terre…

Le 5 juillet, les évêques, prêtres et religieuses sont arrêtés. Le 9, une troupe de soldats armés les frappe et les mène au tribunal :

– Pourquoi êtes-vous venus en Chine ?

– Pour sauver les âmes.

Ces mots déclenchent la colère :

– Tuez ! Tuez !

Mgr Fogolla et les prêtres sont poignardés. Les Franciscaines Missionnaires de Marie, aussi pâles que leur blanc vêtement, se sont embrassées ; elles attendent, les mains jointes. Par la grâce de Dieu, elles n’ont pas peur. Elles savent que le sang des martyrs est semence de Chrétiens. Les soldats s’approchent du groupe en prière. Mère Marie-Hermine, à genoux, voit mourir toutes ses sœurs. La dernière, elle tombe à son tour sous le sabre des bourreaux.

Le 22 septembre, Mère Marie de la Passion apprend la nouvelle. En larmes, elle entonne le Te Deum, le chant de la louange. Le 24 novembre 1946, le pape Pie XII déclare bienheureux les vingt-neuf martyrs du Chansi, dont sept religieuses qui voulaient, ensemble, gravir le chemin d’Hélène, le chemin de Mère Marie de la Passion, le chemin de la sainteté. Le chemin du Ciel.

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