Le Chemin d’Hélène (2/4) – Une vocation missionnaire

Résumé : Hélène de Chappotin naît le 21 mai 1839 dans une famille très chrétienne. Après une enfance heureuse, elle découvre la souffrance : sa sœur Martine meurt ; puis c’est le tour de sa sœur Louise qui laisse deux petites orphelines. Hélène, à dix-sept ans, annonce à ses parents qu’elle veut devenir religieuse.Madame de Chappotin, par la fenêtre, aperçoit sa fille qui revient de la messe. Son cœur se serre. De ses trois filles, il ne lui reste plus qu’Hélène. La mort lui a pris ses deux aînées… et Jésus lui demande la troisième ! Hélène, depuis deux ans, a changé : elle se lève tôt, se rend à la messe, fait beaucoup de petits sacrifices, comme celui de ne plus lire de livres inutiles. Aujourd’hui, Madame de Chappotin sait pourquoi, Hélène le lui a écrit : elle veut devenir religieuse. La séparation semble bien douloureuse à la pauvre mère, mais son amour pour Dieu et sa foi sont plus grands que son chagrin : elle et son mari vont dire oui.

Hélène se prépare à partir pour faire une retraite à Paris. Mais la veille de son départ, une attaque terrasse sa mère qui reste dans le coma pendant huit jours, puis meurt sans avoir repris connaissance. Hélène est brisée ! Sa chère maman l’a quittée si brutalement, si rapidement. À présent, elle ne peut plus penser à s’en aller : son père et ses deux nièces ont besoin d’elle. Tout en s’occupant d’eux, elle consacre le reste de son temps aux pauvres et aux malades. Quelquefois, quand la tâche est trop lourde, quand les larmes coulent, elle se tourne vers Marie, sa confidente, son secours, qu’elle appelle « Maman Vierge ».

Hélène a vingt-et-un ans. Grâce au mariage de son frère Charles avec Mademoiselle de Guy, les obstacles qui s’opposaient à sa vocation tombent et Hélène peut enfin répondre au désir de Dieu : Il l’appelle à tout quitter pour Le suivre. Depuis qu’elle est enfant, elle aime saint François d’Assise et la pauvreté. N’a-t-elle pas dit à sa mère, le jour où elles achetaient sa robe de première communion :

– Prenez-moi une robe moins belle, maman, et donnez le reste de l’argent pour habiller une petite fille pauvre !

C’est pourquoi elle choisit d’entrer chez les Clarisses. Mais la Règle sévère ne lui convient pas, elle tombe malade et doit retourner chez elle.

Elle entre alors dans un ordre missionnaire. Ce n’est pas là non plus que le Seigneur veut qu’elle passe toute sa vie. Mais Hélène apprend à connaître le travail des missionnaires dans les pays lointains et cette expérience va lui être très utile. C’est ainsi qu’Hélène de Chappotin, fillette joyeuse, turbulente et espiègle, jeune fille sérieuse et fervente, devient Sœur Marie de la Passion. Elle est envoyée en Inde où elle passera onze ans. Elle devient supérieure de trois couvents. La communauté religieuse à laquelle elle appartient est déchirée par de graves tensions. Marie de la Passion arrive plusieurs fois à ramener la paix. Mais elle va finalement la quitter avec vingt de ses sœurs, en juin 1876, pour fonder un ordre nouveau de religieuses à la fois actives et contemplatives : les Missionnaires de Marie.

Le 6 janvier 1877, le pape Pie IX donne sa bénédiction à la toute jeune congrégation. Quelle joie pour la fondatrice de trente-huit ans d’entendre de la bouche du Saint-Père qu’elle ne s’est pas trompée, que son ordre est bien un cadeau que Dieu fait à son Église ! Mère Marie de la Passion connaît une autre grande joie cinq ans plus tard : le 4 octobre 1882, le Père Général des Franciscains reconnaît la nouvelle congrégation comme faisant partie de la grande famille spirituelle de saint François d’Assise, sous le nom de Franciscaines Missionnaires de Marie.

Comme Mère Marie de la Passion est heureuse ! En pensée, elle revoit la petite Hélène de Chappotin qui, à dix ans, s’en allait sur les routes, suivie de ses amies qu’elle avait réussi à convaincre, pour mendier à la manière des Pauvres Dames1 ; décoiffées et vêtues de vieux jupons déchirés, les petites filles étaient suivies de loin par un domestique ; la troisième fois, surprises par leurs parents, les fillettes s’étaient vu interdire ce jeu. Elles avaient compris qu’elles trompaient les gens qui les prenaient pour ce qu’elles n’étaient pas ! Pour se faire pardonner, elles avaient alors créé une association afin de donner des vêtements à ceux qui en manquaient.

L’exemple et la ferveur de Mère Marie de la Passion donnent envie à des jeunes filles de se consacrer, elles aussi, à Jésus. On lui conseille donc d’ouvrir en France un noviciat, c’est-à-dire une maison où les sœurs qui entrent dans la congrégation seront formées à leur nouvelle vie. C’est à Saint-Brieuc, aux Châtelets, dans sa Bretagne natale, que Mère Marie de la Passion ouvre ce noviciat. Bientôt, ce seront trente-huit noviciats qui seront répandus de par le monde. Elle place à Rome, tout près du Saint-Père, sa maison généralice, c’est-à-dire la maison qui est à la tête de sa congrégation.

Pour être fondatrice, il faut du courage et beaucoup d’amour. Jamais elle ne se trouvera fatiguée ou trop vieille : poussée par un dynamisme qui ne ralentit ni avec l’âge ni avec la maladie, Mère Marie de la Passion s’occupe de l’organisation des œuvres au service des pauvres et des abandonnés, et surtout de la formation spirituelle de ses compagnes. La petite fille qui, toute joyeuse, parcourait la maison en disant : « J’en ferai, des livres, oui j’en ferai ! », écrit des ouvrages de formation. Elle envoie aussi de nombreuses lettres à ses sœurs aux quatre coins du monde, pour les soutenir et les encourager.

Usée par ses nombreux voyages, après une courte maladie, elle meurt à Sanremo le 15 novembre 1904. Les Franciscaines sont à ce moment-là plus de 3 000 dans 24 pays. Est-ce que l’œuvre va s’arrêter avec sa fondatrice ? Au contraire, puisque l’on compte aujourd’hui 7 700 religieuses présentes dans 77 pays.

La pauvreté, les Franciscaines Missionnaires de Marie veulent la vivre dans l’esprit de saint François d’Assise, pour l’amour de Dieu et au service de leurs frères. En manteau gris et voile noir, elles s’en vont deux par deux. Leur désir ? Mener une vie simple dans la prière, la paix, la joie et l’humilité. Leur but ? Parler de Jésus à tous ceux qui ne le connaissent pas. Leurs frontières ? Elles n’en ont aucune, aucun pays ne leur semble trop loin et les jeunes filles du monde entier sont les bienvenues parmi elles. Orphelinats, léproseries, hôpitaux, écoles : on les trouve partout où l’humanité est la plus blessée, où le Christ souffre à travers les pauvres, les enfants, les malades.

La vie de Mère Marie de la Passion est un bel exemple de foi, si beau que le pape Jean-Paul II a voulu nous la donner en modèle en la déclarant bienheureuse le 20 octobre 2002. Quand on n’est pas mort martyr, l’Église demande qu’un miracle ait lieu, signe du Ciel qui montre la sainteté de la personne. Or une religieuse atteinte de la maladie de Pott, sorte de tuberculose de la colonne vertébrale, priait Mère Marie de la Passion de lui venir en aide. Bientôt, elle fut complètement guérie ! Ce miracle a été reconnu par l’Église le 5 mars 2002. Mais une mère ne peut pas garder pour elle seule les honneurs et les louanges, c’est pourquoi Mère Marie de la Passion a voulu partager sa gloire avec certaines de ses sœurs Franciscaines.

Ainsi, le 7 novembre 1954, le pape Pie XII a proclamé bienheureuse Sœur Marie Assunta, Franciscaine Missionnaire de Marie morte en Chine en 1905, un an après Marie de la Passion. Cette religieuse de vingt-sept ans a vécu jusqu’au bout l’amour de Dieu et l’obéissance à la règle franciscaine, à travers une vie dure et fatigante. Elle a trouvé dans la prière la force d’accepter toutes les souffrances pour ce peuple immense qui ne connaît pas le nom de Jésus. Elle est morte d’une grave maladie contagieuse appelée le typhus.

Sept autres Franciscaines Missionnaires de Marie ont donné leur vie pour le Christ, comme bien des saints de tous les lieux et de toutes les époques, en versant leur sang par le martyre. Mère Marie de la Passion, fière de leur courage, fière surtout de leur foi en Jésus, les appelait : « mes sept douleurs et mes sept joies ! » Ces sept religieuses du couvent Saint-Pascal, massacrées en Chine le 9 juillet 1900, Patapon vous les présentera le mois prochain.

Suite dans le prochain numéro.

1 Les Pauvres Dames : c’est ainsi que l’on appelle les Clarisses ; avec les Franciscains et les Dominicains, elles font partie des Ordres Mendiants, fondés sur la pauvreté.

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