Merveille que je suis

D.R.

Je suis tombée sous le charme du film Belle et Sébastien (2013), pas seulement à cause de la nostalgie de retrouver la célèbre série de 1965 (même si la chanson « Belle, tu es si belle… » m’a émue ; prenez le temps dans cette journée de l’écouter tranquillement en buvant du thé vert), mais à cause de la beauté des images et du charme du jeune acteur. Un des personnages, André, va révéler à Sébastien le secret de Belle, en prononçant cette phrase qui est la clé de voûte du film : « Personne ne naît méchant, ni les humains ni les animaux. » Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? « Et Dieu vit que cela était très bon » Pour la petite histoire, et j’en termine avec ce retour en enfance, André est joué par Medhi, l’acteur qui interprétait le premier petit Sébastien de 1965. Cette scène où l’on voit André « schlitter » évoquera pour tous les Vosgiens de cœur un épisode semblable avec Bourvil qui pleure d’épuisement sous le poids de son chargement de bois, dans Les grands gueules (nous sommes toujours en 1965 !).

Non, personne ne naît méchant, personne ne naît assassin, menteur ou nazi. En tout être humain, nous pouvons retrouver le premier regard d’amour de Dieu, cet émerveillement : « Que tu es beau, mon bien-aimé ! Que tu es belle, mon amie ! » (Cantiques des cantiques)

Le temps du Carême est un temps de conversion, c’est-à-dire, au sens propre, de retour sur nous-mêmes, d’introspection pour mieux revenir à Dieu. C’est dommage d’avoir perdu ce qu’on appelait l’examen de conscience, balayé pour ses relents de jansénisme scrupuleux, mais qui était pourtant bien précieux. Luc Adrian, de sa plume alerte, nous proposait récemment dans Famille Chrétienne une méditation des sept péchés capitaux, dont le plus terrible est l’orgueil ; or, disait-il, l’orgueil peut être combattu par l’humour qui se décompose ainsi : hu comme humilité et mour comme amour.

Se glorifier et se dénigrer sont les deux facettes de l’orgueil. Nous ne sommes pas des dieux – « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1 Corinthiens 4) – et nous ne sommes pas des nuls.

Le Psaume 138 nous permet de trouver l’attitude juste :

« Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais » (verset 1) : Dieu me connaît dans mes bons et mes mauvais côtés, il sait tout de moi, je n’ai pas besoin de jouer un rôle, un personnage, je suis nu devant lui comme aux temps de la Genèse, mais je n’ai pas à en avoir peur ;

« Ta main me conduit, te droite me saisit » (verset 10) : Dieu ne m’abandonne pas en découvrant ma nature profonde d’être blessé et blessant ; au contraire, il descend jusqu’à moi pour me relever, me sauver, me conduire ;

« Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis » (verset 14a) : je suis une merveille pour Dieu, l’objet de son amour de préférence. Comme un enfant qui marche avec assurance parce qu’il est sûr de l’amour inconditionnel de ses parents, nous pouvons marcher avec assurance sous le regard de Dieu car il ne nous demande pas d’être parfaits – nous ne le serons jamais, il le sait bien ; il nous demande de lui faire confiance ;

« Étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait » (verset 14b) : cette découverte que je viens de faire sur moi-même, je peux maintenant l’appliquer à tous ceux qui m’entourent, ceux que j’aime le plus et ceux que j’aime le moins. Eux aussi sont, tous et chacun, le préféré de Dieu, l’objet de son amour de prédilection et de sa miséricorde. Quand notre cœur se gonfle de colère contre une personne, essayons de voir en lui, en elle, l’enfant qu’il ou elle a été et posons sur lui, sur elle, le regard d’une mère : petit enfant, quelle blessure te rend si agressif, si arrogant ? Quelle peur te rend si indécis, si casse-cou, si inquiet, si insouciant ?

« Conduis-moi sur le chemin d’éternité » (verset 24) : notre vie a un sens, c’est-à-dire une direction, car nous marchons vers les bras de Dieu, notre Père, « riche en miséricorde et plein d’amour », qui attend notre retour depuis la nuit des temps.

Puisque vous êtes en train de me lire sur votre téléphone ou votre tablette, prenez trois minutes pour ouvrir un nouvel onglet, tapez « AELF psaume 138 » et relisez cette belle déclaration d’amour.

 

Bonne semaine !

Odile

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40 jours de joie

Patapon n° 448 de février 2018

« Encore un Carême ! », pensons-nous peut-être à l’approche du Mercredi des Cendres. C’est une période qui fait peur, avec son cortège de privations, de sacrifices et de silence. Pourtant, quand mes enfants en parlent, cela me semble être pour eux de bons souvenirs : « On se privait de bonbons et quand on rentrait très tard de la veillée pascale, la table était couverte de bonbons bien arrangés, c’était la fête ! »

Il y a une joie profonde à trouver dans ce temps de Carême. Remettons les choses dans une juste perspective :

– premièrement, tout n’est pas triste et pesant pendant le Carême : pensons aux liturgies tellement belles (par exemple, le « Grand Canon » de saint André de Crète ou certaines antiennes magnifiques du père André Gouzes !), au dimanche des Rameaux avec sa procession, aux temps forts de la Semaine sainte ;

– deuxièmement, nous n’avons pas à vivre le Carême comme si nous ne connaissions pas la fin de l’histoire : Jésus est ressuscité ! Pour nous, contrairement aux Apôtres, il n’y a pas de suspense, nous savons que cela « finit bien », que la Passion ouvre sur la Résurrection et que la Vie a remporté la victoire définitive sur toute forme de mort. D’ailleurs, nous continuons à célébrer l’Eucharistie – action de grâces pour la victoire du Christ – chaque jour, à l’exception du Vendredi saint où il n’y a pas de consécration, mais où nous communions néanmoins au Corps vivant de Jésus. Bien sûr, chaque vendredi, nous accompagnerons Jésus tout au long de son Chemin de Croix, en réalisant avec un amour toujours plus grand qu’il a souffert tout cela pour nous rejoindre et nous sauver… mais sans perdre de vue la lumière du matin de Pâques car c’est elle qui donne tout leur sens aux souffrances de Jésus – et aux nôtres !

Le Carême n’est pas une marche forcée dans un tunnel obscur ou un parcours de commando, dont on sort en se disant : « Ouf, c’est fini ! » C’est un « temps de grâce », nous dit la liturgie, un temps privilégié qui nous invite à avancer vers et avec Jésus. En privilégiant la prière, le jeûne et l’aumône un peu mieux qu’en temps ordinaire, nous allons retrouver une intimité avec Jésus, le bien-aimé de nos cœurs : d’ailleurs, le Mercredi des Cendres ne tombe-t-il pas en même temps que la Saint-Valentin ? Jésus nous redit qu’il nous aime et qu’il nous propose un rendez-vous amoureux. De quarante jours !

Bonne semaine et belle entrée en Carême !

Odile

Le parfum de l’innocence

D.R.

Ce matin, j’entame sans y faire attention un nouveau gel douche « citron basilic » et soudain surgit dans la vapeur une madeleine de Proust, une réminiscence : ce parfum de citron un peu artificiel évoque très nettement un bonbon revenu du passé, une sorte de pâte de fruits très gélatineuse dans son emballage en plastique. J’en ai presque le goût dans la bouche durant quelques secondes !

L’odorat, pour nos frères juifs, est le seul sens qui a été préservé de la chute (Genèse 3) : Ève a écouté le serpent, a regardé le fruit défendu, l’a touché, l’a goûté ; mais elle ne l’a pas senti. C’est pourquoi les parfums ont tant d’importance dans la liturgie juive et, par ricochet, dans la liturgie catholique avec l’encens ou l’huile.

Dans les Évangiles aussi, on trouve deux scènes d’onction parfumée : la femme pécheresse qui oint les pieds de Jésus quand il se trouve chez Simon le Pharisien ; et l’onction de Béthanie (lue au début de la Passion, le dimanche des Rameaux) quand Jésus est chez Lazare et prononce cette si belle parole : « Partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. » (Marc 14, 1-15 ; lecture du dimanche 25 mars)

On dit aussi de quelqu’un qui a mené une vie édifiante qu’il est mort « en odeur de sainteté ». Et qu’y a-t-il de plus émouvant que le parfum de la peau d’un petit bébé que l’on tient tout contre sa joue ?

Les parfums viennent éveiller en nous des zones enfouies de souvenirs d’enfance et d’émotions intactes : l’herbe coupée des soirs d’été, la barbe-à-papa ou la pomme d’amour des jours de fête foraine, un vieux banc de bois dans une église silencieuse, les saucisses grillées des matchs de foot du temps où l’on pouvait entrer gratuitement dans le stade à la deuxième mi-temps. Et quand on cuisine pour ceux qu’on aime, est-ce que les bonnes odeurs qui montent des plats ne sont pas une promesse de convivialité et de partage ?

Laissons monter vers Dieu les parfums très purs de notre amour et de notre prière afin que la maison « soit remplie tout entière par l’odeur du parfum » qui s’élève de nos vies.

Bonne semaine !

Odile

Des fourmis et des hommes

D.R.

Alors que le premier perce-neige déploie ses clochettes blanches, Noël semble déjà loin ; j’ai enlevé le sapin et les décorations, mais pas encore la crèche puisqu’on peut la laisser jusqu’à vendredi, jusqu’au 2 février, fête de la Présentation de Jésus au Temple, appelée aussi fête des lumières ou Chandeleur.

Hier, je méditais devant cette jolie crèche composée de santons de terre cuite brute, qui nous accompagne depuis nos fiançailles, mais qui s’est agrandie au fil des années. Aux personnages se sont ajoutés des animaux et des éléments de décor comme un mur de pierres, un puits, un cabane de bergers… J’observais ce petit peuple affairé qui se hâte vers la Sainte Famille et je pensais que je voyais ces gens, finalement, un peu comme Dieu nous voit : de haut, de loin.

Puis j’ai réalisé que non, je ne les voyais pas comme des fourmis, minuscules et tous pareils ; je voyais chacun dans son activité : le meunier qui porte son sac de farine, la lavandière à genoux, le musicien avec sa guitare, le vieux curé en soutane, la paysanne avec son panier sur la tête, la femme au parapluie et même le chat sur la margelle du puits. Je les connais, chacun selon ses caractéristiques ; je sais que le ravi a le bras un peu ébréché, mais que ça ne se voit pas si on le tourne vers la droite. Et je les aime tous ! Quand vient le moment de les remettre dans leur boîte, je les emballe chacun dans un mouchoir en papier pour le protéger ; et c’est toujours la même joie de les ressortir au début de l’Avent et de les voir reprendre leur place, sur la commode, dans cette joyeuse procession vers l’étable où le berceau de l’Enfant-Jésus est encore vide. De les voir reprendre leur place dans la plus belle histoire du monde. Et si l’un d’entre eux n’y était plus, il manquerait. Même la marchande de poissons que nous avons en double !

Dieu nous regarde ainsi : avec amour, avec tendresse. Il connaît nos éraflures. Mais lui ne nous contemple pas de haut, de loin. Non. Il est venu parmi nous en Jésus, il a pris un visage d’homme, un métier d’homme et les souffrances des hommes. Il ne s’est pas fait fourmi ; il est devenu vrai Dieu et vrai homme pour que nous puissions croire en l’amour. Alors, qu’attendons-nous pour sentir notre cœur se dilater à cette bonne nouvelle ?

Bonne semaine !

Odile

Besoin de renouveau

D.R.

Dans les laudes de ce lundi, je retiens le verset du Psaume : « Les arbres des forêts dansent de joie. » Pourtant, comme ils sont dépouillés, en ce mois de janvier, les arbres de nos forêts, tandis que nous pataugeons dans la boue des chemins ! Après le Black Friday qui a mis à mal notre carte bancaire, voici le Blue Monday qui éprouve notre moral en nous présentant le jour le plus déprimant de l’année – c’était pour cette année le 15 janvier. De surcroît, nous approchons de février, le mois qui connaît le plus de dépressions.

Nous sommes donc loin de danser de joie en regardant tomber la pluie. Pourtant, début janvier, nous étions pleins d’allant pour aborder cette nouvelle année avec ses surprises et ses promesses, armés de nos bonnes résolutions comme d’un bouclier contre la morosité ambiante.

Or, moins d’un mois plus tard, nous voici déjà amers et découragés. Nous avons besoin de renouveau ! Nous avons besoin de renouveler notre quotidien ! Non pas seulement notre garde-robe grâce aux soldes – est-ce que vous êtes comme moi envahis de spams agaçants qui vous promettent toutes les grandes marques avec 70% de réduction ? – ou à l’envie de partir au soleil, mais un renouvellement intérieur de notre énergie et de notre enthousiasme.

Soyons attentifs aux petites choses, aux clins d’oeil, dans notre vie quotidienne, de la fée Clochette ou de l’Esprit Saint ! Envie de réorganiser votre salon ? Allez-y ! Envie de vous (re)mettre au sport ? Allez-y ! Saisissez les occasions qui croisent votre route. Par exemple, en recevant la nouvelle formule de mon hebdo Famille Chrétienne, j’y trouve une belle recension de mon dernier livre – Au quotidien avec les femmes de la Bible – et cette petite phrase : « A découvrir également sur son blog » avec un lien vers ce site ; j’ai alors réalisé que ce site ou blog, en fait, je l’alimentais très peu, d’où ma résolution de proposer chaque lundi une petite réflexion pour nous motiver ensemble, nous faire sourire ou méditer ! Je vous souhaite aujourd’hui de danser de joie en ayant trouvé une pépite de joie dans votre journée.

Très bonne semaine !

Odile

Les Salons du Livre des 2 et 3 décembre

  • Samedi 2 décembre de 10h à midi : Fête de l’école Saint-Dominique – Le Pecq
  • Samedi 2 décembre de 14h à 18h : Salon des Ecrivains Catholiques, Paris, mairie du 6e place Saint-Sulpice.
  • Dimanche 3 décembre de 14h à 17h : Fête de l’école de la Rochefoucauld, Paris 7e.

 

Un moment de rencontres et d’échanges, et la possibilité de faire des cadeaux personnalisés en faisant dédicacer les livres par les auteurs !

Le Papillon d’or et autres histoires lumineuses

Ce livre de 21 contes ou histoires vraies – en collaboration avec Catherine de Lasa (Pomme d’Api, collection Oscar…) – est destiné à faire rêver, amuser, faire voyager. Des personnages attachants et des aventures extraordinaires pour rire ou trembler !

Editions Téqui, juin 2017.

Une belle recension pour Elisabeth et Guite

Recension parue dans le n° 251 de juin de la revue ACTION FAMILIALE ET SCOLAIRE pour l’ouvrage :

ÉLISABETH DE LA TRINITÉ ET SA SOEUR GUITE

Odile Haumonté – Éd. des Béatitudes (2016, 124 p. 11,50 €)

Quelle âme généreuse et sensible possède donc la jeune Élisabeth Catez ! Passionnée, elle croque la vie à pleines dents, goûtant aux réceptions de la société dijonnaise et aux fêtes militaires, ou jouant durant des heures au piano dans lequel elle excelle… Sa sœur cadette, Guite, plus effacée, l’accompagne partout. Leur mère, à laquelle elle est très attachée, rêve d’un beau parti qui les tirerait de la gêne où elles se trouvent toutes trois depuis le décès de M. Catez…

Mais voilà, depuis l’âge de huit ans, Élisabeth rêve d’entrer au carmel de Dijon, tout près de la maison familiale. Au milieu de sa vie mondaine, elle saura garder un cœur brûlant d’amour pour Jésus, se recueillir en ce Dieu dont elle va vivre de plus en plus intensément dans le silence de son âme. Ne va-t-elle pas se définir plus tard comme la sainte du recueillement intérieur ? S’arracher au foyer familial sera pourtant une véritable souffrance, pour la maman et les deux sœurs. Odile Haumonté a très bien su rendre la profondeur de cette épreuve. La vocation religieuse ne diminue en rien les liens affectifs, elle semble même les resserrer et les fortifier. En témoigne la correspondance épistolaire entre les deux sœurs. Élisabeth et Guite vont rester très proches. Élisabeth saura voir dans le mariage de sa sœur, puis les naissances de ses deux premières nièces, une image de l’amour divin et de la tendresse maternelle de Dieu. Ainsi toutes deux vont se nourrir de la même spiritualité : devenir une « louange de gloire ». Après la mort d’Élisabeth, Guite aura sept autres enfants et restera veuve à 42 ans. Elle continuera de vivre toute cachée en Dieu et édifiant ses enfants.

Deux beaux modèles de sainteté, humains et facilement accessibles pour nos adolescentes.